Nouveauté semaine copie

Au programme de mon émission sur YouTube, Hubert Sumlin (rubrique « Un blues, un jour ») et Bob Margolin (rubrique « Nouveauté de la semaine »).

Sumlin et Wolf

Hubert Sumlin et Howlin’ Wolf. © : Qobuz.

En première partie, je propose dans « Un blues, un jour » le génial guitariste Hubert Sumlin, qui nous a quittés il y a 7 ans aujourd’hui, soit le 4 décembre 2011 à l’âge de 80 ans. Né le 16 novembre 1931 à Greenwood, Mississippi, il grandit toutefois sur l’autre rive du Mississippi, près de Hughes, Arkansas. Quasiment à mi-chemin en Helena et West Memphis, cette localité se trouve au cœur d’une région en bordure du Delta, où le blues s’est fortement développé au tournant des années 1930 et 1940. C’est d’ailleurs à West Memphis que le jeune Sumlin va en quelque sorte donner un premier élan à sa carrière en côtoyant l’harmoniciste James Cotton. Il rencontre aussi Howlin’ Wolf, qui vit alors à Memphis, au tout début des années 1950. En 1953, le Wolf arrive à Chicago, et faute de guitariste régulier (Jody Williams, qui par ailleurs vient de nous quitter, fait toutefois une pige dans son groupe), il invite Sumlin à le rejoindre dès l’année suivante. C’est le début d’une collaboration qui va perdurer jusqu’à la mort d’Howlin’ Wolf. La relation entre les deux hommes était particulièrement étroite et marquée du sceau du respect, mais les deux hommes eurent aussi des différends : ainsi, Sumlin n’hésita pas à le quitter pour son plus « féroce » concurrent Muddy Waters, mais la « fugue » ne dura pas très longtemps…

Sumlin 2010

Hubert Sumlin, NYC Rockin’ the River Cruise, 2010. © : Frank Beacham.

En tout cas, durant toute cette période, Sumlin va marquer les plus grands standards du Wolf de ses fulgurances uniques à la guitare. Son jeu, fait de cascades de notes entrecoupées de silences qui installaient une tension palpable, était imprévisible et instinctif, laissant une belle part à l’improvisation. Ces caractéristiques vaudront à Hubert Sumlin d’exercer une grande influence sur des musiciens et groupes de rock, dont Eric Clapton et les Rolling Stones, pourtant bien incapables de l’imiter… Ce qui n’empêchait pas le respect : ainsi, pas chiens, Mick Jagger et Keith Richards financeront les obsèques de Sumlin en 2011. Après 1976, Sumlin continuera avec d’anciens membres du groupe du Wolf emmenés par le saxophoniste Eddie Shaw (le Wolf Gang), avec une certaine réussite mais sans évidemment atteindre le niveau de la période Howlin’ Wolf (le difficile à trouver « Have Blues Will Travel », Simmons, 1977, et 5 titres sur « Living Chicago Blues, Volume 1 », Sonet/Alligator, 1978). Parallèlement, et avant même la mort du Wolf, Sumlin entreprend une carrière solo et signe une quinzaine d’albums. Il convient toutefois d’être prudent car c’est un piètre chanteur et ça peut s’avérer problématique, même si son jeu de guitare génère toujours des moments magiques… Voici donc une sélection de ses albums à mon sens les plus recommandables.

Anytime

© : Discogs.

« Blues Anytime! » (L+R, 1980, enregistré en 1964). Superbe disque réalisé lors de la tournée de l’American Folk Blues Festival que j’évoque dans mon émission. Probablement son meilleur sous son nom, plein d’envie et de fraîcheur, avec d’autres grands musiciens : Sunnyland Slim (p/voc), Willie Dixon (b) et Clifton James (dm).

 

Kings

© : Discogs.

« And His Friends – Kings of Chicago Blues Vol. 2 » (Vogue, 1973, enregistré en 1971). Un bon disque de Chicago Blues, sur lequel il s’entoure notamment de Jimmy Dawkins, Billy Boy Arnold, Eddie Shaw et Fred Below !

 

Heart

© : Discogs.

« Heart & Soul » (Blind Pig, 1989). Il retrouve un complice de la première heure en la personne de James Cotton (ainsi que Little Mike and the Tornadoes), et il est même en forme vocalement…

 

I know

© : Allmusic.

« I Know You » (APO, 1998). Dans la lignée du précédent mais supérieur, avec là encore de bons accompagnateurs comme l’harmoniciste Carey Bell, le guitariste Jimmy D. Lane (fils de Jimmy Rogers) et le batteur Sam Lay.

 

About

© : Discogs.

« About Them Shoes » (Tone-Cool, 2003). Un peu le disque de la consécration pour ce musicien très influent, qui « s’offre » des invités illustres dont Eric Clapton, Keith Richards, James Cotton, Paul Oscher, Levon Helm, Bob Margolin, David Maxwell… Un peu décousu mais tellement sympathique…

 

Margolin 1

© : Daniel Léon / Les temps du blues.

En deuxième partie, je vous propose de retrouver Bob Margolin, qui vient de sortir chez VizzTone un nouvel album simplement intitulé « Bob Margolin ». On ne présente plus Margolin, chanteur et guitariste (excellent adepte de la slide), né le 9 mai 1949 à Brookline, Massachusetts, et membre du groupe de Muddy Waters pendant 8 ans dans les années 1970. Rattaché au blues moderne de Chicago, on lui doit ensuite une douzaine d’albums sous son nom, et parallèlement des collaborations régulières avec des artistes de la Windy City, notamment avec d’anciens musiciens de Muddy, en tournée comme en studio. Il nous propose cette fois un album sur lequel il fait absolument tout : il chante, joue de tous les instruments, assure mixage et production. En 2007, il avait déjà fait un CD sans accompagnateurs, « In North Carolina » (Steady Rollin’ Records), pour un résultat honorable.

Margolin 7

© : Daniel Léon / Les temps du blues.

Ici, je trouve le résultat un peu moins convaincant, son disque apparaît assez étrange et même parfois déroutant. Ainsi, sur quelques morceaux, il a rajouté de la batterie mais on ne peut pas dire qu’il soit très à l’aise avec ça, c’est notamment le cas sur « Detroit » et « She’s so Pretty ». Et puis, il y a cette voix, très basse et parfois trop affectée, à laquelle il faut s’habituer mais ça ne passe pas toujours, comme sur « I Shall Be Released » ou « My Road ». Mais ce CD nécessite en fait plusieurs écoutes pour se plonger dans l’univers finalement assez personnel de l’artiste. Ses fans s’y retrouveront sans doute, et c’est peut-être aussi une façon pour l’artiste de se retrouver « seul face à lui-même », en évitant de s’enfermer dans un spectre prévisible et réducteur consistant à reprendre les classiques de Muddy ! En outre, quand il s’exprime dans une formule dépouillée seul à la guitare et au chant, il s’avère convaincant et intéressant, surtout qu’il explore différents registres. J’ai ainsi bien aimé « Mercy », « Dallas » avec son résonateur qui est sans doute le meilleur titre du disque (et que j’ai retenu pour mon émission), « Look What You Done » et « Head Held High ». Bref, au bilan, un disque un peu inégal qui demande plusieurs écoutes pour se dévoiler.