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Un documentaire sur Henri Debs

Un documentaire sur Henri Debs
© : ArtistInfo.

Quiconque s’intéresse de près ou de loin à la musique guadeloupéenne, et même à la musique antillaise en général, connaît forcément Henri Debs (1932-2013), auteur, compositeur, interprète, producteur, chanteur et multi-instrumentiste. Eh bien il fait l’objet d’un documentaire de 90 minutes intitulé Studio Debs (voir la présentation sur le site de France TV Pro), dont l’auteur n’est autre que Miguel Octave, également réalisateur de la remarquable série « La fabuleuse histoire de la musique guadeloupéenne », sur laquelle je m’arrête ici chaque semaine. Le film sera diffusé après-demain à partir de 20 h 05 sur Guadeloupe La 1ère (heure locale). Avant cela, il sera projeté demain à 17 heures à La Kazart à Baie-Mahault, mais inutile de vous précipiter, c’est complet, attendez donc sagement mercredi soir sur le petit écran…

Henri Debs à la contrebasse en représentation dans un grand hôtel de Guadeloupe. © : Facebook Henri Debs & Fils.

En 1868, venu du Liban, un certain Jacob Debs s’installe avec sa famille en Guadeloupe. Soixante-quatre ans plus tard, le 24 novembre 1932, Henri Debs pousse son premier cri à Pointe-à-Pitre. Très tôt mordu de musique, il apprend plusieurs instruments dont la flûte et le saxophone, puis la guitare. La contrebasse et le chant viendront un peu plus tard, mais à quinze ans, il est déjà capable d’interpréter des standards d’artistes de la stature de Duke Ellington et Django Reinhardt. Ayant abandonné l’école à treize ans, il doit exercer divers petits boulots tout en se produisant avec les meilleurs musiciens locaux. Il commence même à composer des chansons au milieu des années 1950, avant d’ouvrir un magasin de vêtements en 1958. Mais la passion de la musique le dévore, et l’année suivante, il devient disquaire et aménage l’arrière de sa boutique en modeste studio. Il est d’autant plus motivé que Marcel Mavounzy (1919-2005), fondateur en 1953 des disques Émeraude et auteur des premiers enregistrements discographiques des Antilles françaises, a refusé de le produire.

Le premier 45-tours d’Henri Debs. © : Famille Debs / Bonne Compagnie / Outre-mer La 1ère.

Mais Debs ne se démonte donc pas, et son premier 45-tours, sous le nom d’Henri Debs et Fred Fanfant Quintet (Socodisc, avec la chanson Pain, boudin et limonade), s’écoule dans la semaine suivant sa sortie. Rapidement, faisant preuve d’un flair qui le caractérisera durant toute sa carrière, à une époque où de tels équipements sont encore rares, il ne perd pas de temps, modernise son propre studio et crée un autre magasin dès 1963, puis un troisième en 1965 à Fort-de-France dont il confie la gérance à son frère Georges dit « Jojo ». Dans les années 1970, « l’empire » Debs s’étend encore avec cette fois l’ouverture à Paris d’un nouveau studio (Debs Music), tenu par un autre frère, André. Dès lors, Henri « signe » les meilleurs représentants de la musique guadeloupéenne, et obtient en 1976 un premier disque d’or avec la chanson Cuisse-là des Aiglons. Cette chanson restera la plus vendue par un groupe antillais jusqu’en 1985, quand elle sera détrônée par Zouk la sé sèl médikaman nou ni de Kassav’.

Avec Édouard Benoît. © : Pan African Music.

On note d’ailleurs que Debs fera peut-être la seule erreur de sa carrière en ne croyant pas en Kassav’, qui a ses yeux jouait à ses débuts une musique de rue peu propice à une large diffusion. Mais Jojo le suppléera en se chargeant du futur plus grand groupe de zouk du monde… De toute façon, en termes de musique guadeloupéenne, personne ou presque n’échappera à la « sphère » Debs, qui découvrira et produira entre autres Casimir Létang, Al Lirvat, Les Vikings, Tanya Saint-Val, La Perfecta, Malavoi, Vélo, Guy Konkèt, Éric Brouta, Francky Vincent, Zouk Machine… En outre, Debs s’intéresse aux musiques d’autres îles de la Caraïbe, dont Haïti, la Dominique, Porto Rico, et donc la Martinique. Avec l’avènement du zouk à partir de la fin des années 1970, Debs devient le plus important producteur au monde de musiques antillaises, auxquelles il donne un rayonnement planétaire.

Henri Debs (à droite) et son frère Philippe à Pointe-à-Pitre dans les années 1960. Disques Debs International / Le Monde.

Henri Debs poursuit son activité jusqu’à sa mort survenue le 19 août 2013 à l’âge de quatre-vingts ans. Il nous laisse un legs de tout premier ordre avec quelque 250 compositions et 6 000 titres produits. Les plus grands médias nationaux ne s’y trompèrent d’ailleurs pas et lui rendirent l’hommage qu’il méritait. Bien sûr, après son décès, avec le développement des technologies numériques, ses magasins et studios ont fermé les uns après les autres, le dernier en date étant celui de Paris qui a baissé le rideau le 31 juillet 2020. Mais Riko, son fils unique, a repris la distribution numérique en remastérisant tous les titres de son père, qui restent donc disponibles sur les plateformes. Un tel parcours valait donc bien le documentaire que nous propose Miguel Octave, qui met en scène 55 intervenants et de nombreuses archives, et qu’il ne faudra pas manquer après-demain. Il sera présenté au studio Debs à Pointe-à-Pitre par Jean-Charles Martyr Fale, avec deux invités, la cantatrice et nièce par alliance d’Henri Debs Carole Vénutolo, et Thierry Girard dit « Thyeks », ingénieur du son qui enseigna à Debs à la fin de sa carrière les dernières technologies numériques.

© : France TV Pro.

Voici maintenant quelques liens utiles en relation avec Henri Debs et ce documentaire, vers des sites Internet et des articles qui m’ont servi de sources pour la rédaction de mon propre texte.
– Page du site de Miguel Octave sur le film.
– Article de Guadeloupe La 1ère du 30 juillet 2020.
– Article d’Outre-mer La 1ère du 17 septembre 2021.
– Article de Pan African Music du 2 décembre 2019.
– Article de Libération du 6 août 2018.

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