Les disques de l’année 2021, # 3

© : Soul Bag.

En cette fin d’année, depuis deux semaines, je vous propose une rubrique hebdomadaire consacrée aux disques qui ont selon moi marqué l’année 2021. Difficile de ne pas évoquer à un moment ou à un autre la rétrospective sortie par Alligator, à l’occasion du cinquantième anniversaire du label créé en 1971 par Bruce Iglauer à Chicago. Ce sera donc le cas pour ce troisième volet. Mon texte sera court car nous avons consacré dans le numéro 243 de Soul Bag un dossier à Alligator. Cette rétrospective se présente sous la forme d’un triple CD de 58 titres et d’un livret de 40 pages. Elle offre un panorama certes étendu, mais avec un catalogue qui compte aujourd’hui plus de 350 albums, il est évident que ça reste un aperçu, même si l’équipe de blues s’est efforcée de rassembler le meilleur de ses artistes, ce qui est déjà exceptionnel. Pour compléter cet article, je vous propose la lecture de ma chronique de ce triple CD, ainsi que mon texte d’introduction sur le label Alligator, tous deux parus dans le numéro 243 de Soul Bag.

VARIOUS ARTISTS
ALLIGATOR RECORDS – 50 YEARS OF GENUINE HOUSEROCKIN’ MUSIC
Cinquante ans pour le label Alligator fondé par Bruce Iglauer en 1971 ! Quelle incroyable aventure que nous vous relatons dans les pages de notre numéro actuellement en vente. Même si elle n’est pas la marque la plus ancienne du blues (Delmark fut créée en 1958), elle propose incontestablement le catalogue le plus dense et le plus riche de ce dernier demi-siècle, et probablement de toute l’histoire de cette musique. Pour ses 50 ans, Alligator nous propose un triple CD de 58 morceaux accompagné d’un livret de 40 pages (une version « allégée » de deux LP comptant 24 morceaux est également disponible). Il fallait bien cela… De Hound Dog Taylor à Toronzo Cannon, pour ne relever que ceux qui ouvrent et ferment la sélection, on mesure l’importance du catalogue d’Alligator. On citera peu d’autres noms ici, leur simple liste ne tiendrait pas dans cette chronique. La vista et le flair d’Iglauer et de son équipe éclatent décennie après décennie, et c’est sans doute leur plus grande force. Leurs premières réalisations concernent des artistes du Chicago blues moderne, mais très vite, le spectre s’élargit, vers la Louisiane, le Mississippi, mais aussi d’autres styles comme le blues acoustique et rural, le gospel, le rockabilly, le blues rock et même le reggae (toutefois non représenté ici). Mais surtout, on a l’impression que chez Alligator, on sait anticiper le blues en signant aux côtés de valeurs sûres (qui restent fidèles au label) des nouveaux venus qui entreprendront ensuite des carrières exemplaires. Shemekia Copeland, et plus récemment Christone « Kingfish » Ingram, viennent d’emblée à l’esprit. Quand on écoute ces trois CD, on ne discerne aucun signe d’essoufflement ou de faiblesse, et on a la sensation que ça ne s’arrêtera jamais… Quel panorama !

50 ANS D’ALLIGATOR : LES FORCES DU BLUES
Les crocodiliens ont les mâchoires les plus puissantes du règne animal. Voilà pourquoi Alligator nous tient fermement par le blues depuis désormais un demi-siècle. Et la pression ne se relâche pas en 2021 ! Tour d’horizon de la discographie du label de Chicago avec cinq albums par décennie, autant de pièces maîtresses du blues moderne.

Albert Collins et Bruce Iglauer. © Courtesy Alligator Records / Soul Bag.

« Quand j’ai vu Mississippi Fred McDowell en 1966, ce fut comme une révélation ». Ce sont les mots de Bruce Iglauer en 1996, alors que nous étions attablés au Bagnols Blues Festival. Il suivait alors ses artistes (1) en tournée pour les vingt-cinq ans de son label Alligator. En 1966, Bruce Iglauer, né le 10 juillet 1947 à Ann Arbor, Michigan, avait donc dix-neuf ans. L’étudiant de l’université Lawrence à Appleton, Wisconsin, découvre les clubs de blues de Chicago en 1969 et les événements vont se précipiter en seulement deux ans. Embauché par Bob Koester, fondateur de Delmark, il contribue à la création de Living Blues en 1970.
Hound Dog Taylor et ses HouseRockers, qui se produisent notamment au Florence’s à Chicago, le fascinent. Il suggère à Koester de les enregistrer, refus. Alors Bruce quitte Koester, rassemble ses économies et produit lui-même en 1971 l’abum, « Hound Dog Taylor and the HouseRockers ». Alligator, du nom d’une localité de l’ouest du Delta dans le Mississippi, est né. Durant sa première décennie, le label sort dix-neuf albums. Bruce se charge de tout ou presque, dont la livraison des disques avec sa voiture. Mais l’homme connaît déjà bien le blues de Chicago. Outre trois albums de Hound Dog Taylor, le catalogue de la période est déjà édifiant avec cinq nominations aux Grammys (Koko Taylor, Hound Dog, Fenton Robinson, Albert Collins et le premier volume de la série « Living Chicago Blues »)…

Koko Taylor et Bruce Iglauer. © Marc Norberg / Soul Bag.


Forte accélération de la cadence dans les années 1980 avec quatre-vingt-sept sorties. Alligator est désormais très connu, y compris en dehors des États-Unis. En effet, dès 1973, elle s’était associée avec Sonet, qui assure la distribution de ses disques en Europe. Une collaboration qui durera jusqu’en 1991, date de la disparition de Sonet. On retrouve au catalogue des artistes à la fois majeurs et fidèles au label, comme Albert Collins, Son Seals, Lonnie Brooks, Koko Taylor, Lil’ Ed and the Blues Imperials… Mais de nouvelles tendances apparaissent. Elles portent sur des artistes louisianais (Professor Longhair, premier Grammy avec Clifton Chenier, rééditions de Dr. John, Kenny Neal), ou sur d’autres plus associés au blues rock (Johnny Winter, Lonnie Mack, Roy Buchanan, Delbert McClintock, The Kinsey Report, Tinsley Ellis). Enfin, durant la première moitié des années 1980, le catalogue s’ouvre aussi au reggae…
Les années 1990 sont les plus prolifiques avec cent douze parutions ! Alligator est le plus important label de blues, et tous les meilleurs bluesmen enregistreront des albums pour la marque de Chicago. Et Bruce Iglauer ne s’est pas contenté à partir de cet époque de s’appuyer sur son impressionnant réservoir de « vétérans », il a continué de donner leur chance a de nouveaux venus : Saffire – The Uppity Blues Women (1990), Michael Hill (1994), Corey Harris (1995), Shemekia Copeland (1998), Jarekus Singleton (2014), Selwyn Birchwood (2014), Lindsay Beaver (2018), Kingfish (2019). En 2018, Bruce a écrit avec Patrick A. Roberts Bitten By The Blues – The Alligator Records Story (University of Chicago Press), une histoire qui se poursuit. Environ trois cent cinquante albums, plus de quatre-vingts nominations et/ou victoires aux Blues Awards et/ou au Grammys, soit près d’un disque sur quatre récompensé, qui dit mieux ? Plus modestement, nous vous proposons de parcourir cette histoire avec cinq albums marquants pour chacune des cinq décennies de la vie du reptile mordu de blues. Happy birthday, Alligator, and see you soon!
1. Koko Taylor, Kenny Neal, Lonnie Brooks, Corey Harris…

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