Article « Les temps du blues » – 23 fev 2019

Sur scène copie

Au programme de mon émission sur YouTube, James Cotton (rubrique « Un blues, un jour ») et Davell Crawford (rubrique « Sur scène »).

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Howlin’ Wolf. © : KWEMRADIO

La radio fut de tout temps un excellent moyen de diffusion et de propagation du blues, et ce dès les années 1920, jusqu’à menacer l’industrie du disque pourtant alors en plein essor… Mais les choses s’arrangeront, et la radio permettra progressivement aux artistes de se faire connaître jusque dans les régions rurales les plus reculées, tout en constituant un outil de promotion pour les labels. L’histoire des musiques populaires en général et du blues en particulier est donc marquée par des stations de radio aujourd’hui légendaires, dont KWEM à West Memphis, qui a commencé à émettre le 23 janvier 1947, il y a tout juste 72 ans. La radio se trouve à West Memphis et c’est une précision importante. Seulement séparée de Memphis par le fleuve Mississippi, West Memphis est dans une région de l’Arkansas qui borde le Delta, où la scène blues est très développée depuis la fin des années 1930. Dès lors, les radios s’y sont aussi installées, la plus fameuse étant KFFA et son émission King Biscuit Time à partir de 1941 à Helena.

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© : Sun Records

On peut considérer que KWEM deviendra en quelque sorte sa grande concurrente. Comme nombre de ses paires à l’époque, la station repose grandement sur des interventions en direct d’artistes « sponsorisés » qui représentent des marques lors de leurs interventions à l’antenne. Cette méthode était également en usage sur KFFA, King Biscuit étant une marque de farine. D’ailleurs, Sonny Boy Williamson II, à l’origine de King Biscuit Time sur KFFA, aura également son émission sur KWEM à partir de 1949 (dont le sponsor est Hadacol, un élixir tonique), et il ne se privera pas d’y convier ses anciens compères de KFFA, dont Elmore James, Houston Stackhouse, Robert Nighthawk… Mais KWEM contribuera aussi au lancement de carrières d’autres artistes alors inconnus, et qui deviendront des bluesmen importants, et même pour certains d’entre eux des grandes figures de l’histoire de cette musique. C’est ainsi le cas de B. B. King (sponsorisé par Peptikon, concurrent d’Hadacol !), Albert King, Howlin’ Wolf, James Cotton, Ike Turner, Junior Parker, Pat Hare, Joe Hill Louis, Hubert Sumlin et bien d’autres.

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© : WREG

Peu après, beaucoup d’entre eux créeront le blues moderne de Chicago, mais KWEM influencera aussi la scène de Memphis avec l’émergence du rock et de la country moderne (Elvis Presley et Johnny Cash firent leurs débuts radiophoniques sur KWEM) et les labels Sun et Stax, c’est dire son importance. En 1954, KWEM est rachetée, ses studios ensuite transférés à Memphis, et en 1960 elle prend le nom de KWAM. Elle a toutefois repris du service en 2009, au sein du Live 365 Radio Network, le plus grand réseau radiophonique du monde, et ses programmes intègrent de la musique diffusée lors des premières années de la radio. Pour illustrer cela dans mon émission, j’ai trouvé deux artistes cités plus haut qui ont fourbi leurs armes sur KWEM. Ça date de 1954, il s’agit de James Cotton, accompagné de Pat Hare avec son incroyable guitare distordue, et ça s’appelle Cotton Crop Blues.

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© : Popsike

 

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© : Steinway & Sons

Pour la page « Sur scène » du jour, j’ai choisi Davell Crawford, chanteur, pianiste et compositeur de La Nouvelle-Orléans, qui se produira trois jours de suite au Duc des Lombards à Paris, les 28 février, 1er et 2 mars. Je dis souvent au sujet des artistes louisianais en général et de La Nouvelle-Orléans en particulier qu’ils se distinguent par leur éclectisme, leurs talents multiples. Ce fut encore le cas lundi dernier avec Irma Thomas (lire mon article du 18 février 2019). Et Davell Crawford, qui est né le 3 septembre 1975, entre bien sûr dans cette catégorie. Sa musique s’inspire de la longue tradition pianistique locale dont le précurseur fut Professor Longhair, mais il y apporte des ingrédients du jazz, y compris Dixieland, du R&B, un peu de ballade soul et même du gospel. Et comme il chante aussi d’une voix expressive, il n’a aucun mal à passer d’un style à l’autre…

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© : Steinway & Sons

Dans sa discographie qui compte une demi-douzaine d’albums, j’apprécie « Let Them Talk » (son premier, Rounder, 1995), « Born with the Funk » (Mardi Gras, 1999), « My Gift to You » (Basin Street, 2013) et « Piano in the Vaults, Vol. 1 » (Basin Street, 2016). Pour ses concerts au Duc des Lombards, il a choisi la formule du trio, avec Max Moran à la contrebasse et Jeff Boudreaux à la batterie. En fait, ce ne sont pas trois concerts que donnera Crawford les 28 février, 1eret le 2 mars mais six. En effet, il y aura chaque soir deux concerts, le premier à 19 h 30 et le second deux heures plus tard, à 21 h 30. Dans mon émission, je vous propose de l’écouter dans un contexte différent, avec ses Creole Jazz Men, un groupe étoffé typé Dixieland, mais pour un morceau plutôt churchy. C’est bien sûr du live, ça se passe à Milwaukee en 2014, et ça s’appelle I’ll Fly Away.

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© : Duc des Lombards

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