Article « Les temps du blues » – 13 dec 2018

Réédition semaine copie

Au programme de mon émission sur YouTube, Homesick James (rubrique « Un blues, un jour ») et Ma Rainey (rubrique « Blues in France).

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Homesick James en famille, 1976. Image tirée du dossier de Gérard Herzhaft.

Cela fait donc 12 ans aujourd’hui que le chanteur et guitariste Homesick James nous a quittés, le 13 décembre 2006, probablement à l’âge de 96 ans. Probablement, car si sa date de décès est clairement établie, il en va tout autrement de sa date de naissance. Selon les sources, cela va de 1905 à 1924, soit une fourchette de pratiquement 20 ans ! Il faut dire que l’artiste, qui affirmait être né en 1905, ne facilitait pas les choses et aimait brouiller les pistes. En fonction des éléments les plus récents dont nous disposons, on admet toutefois généralement qu’Homesick James est né le 30 avril 1910 à Somerville, au Texas. Mais son nom de naissance est également incertain, on parle de Williams, Williamson ou Henderson, en tout cas pas James. Il aurait pris le patronyme James car il prétendit aussi être le cousin d’Elmore James, ce qui n’est pas impossible mais pas formellement avéré non plus. Enfin, l’incorrigible Homesick assura aussi avoir enregistré dès 1937 à Chicago (où il arriva effectivement très tôt), mais là encore, on ne trouve pas trace de lui sur disque avant 1952, sous le nom de James Williamson… À l’heure qu’il est, nul ne sera sans doute jamais en mesure d’établir une biographie crédible des 30 premières années d’Homesick James !

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Sunnyland Slim, Homesick James et Elmore James. © : Jacques Demêtre.

En tout cas, après quelques titres pour le label Chance dont certaines avec Johnny Shines, le nom du chanteur et harmoniciste Snooky Pryor apparaît dès 1953 sur ses disques. C’est le début d’une longue collaboration entre les deux artistes complices, et qui se traduira dans les années 1960 et surtout 1970 par une impressionnante série de faces qui figurent parmi les meilleures du blues de l’époque. Débordant de feeling et de ferveur, le duo est l’incarnation d’un blues très excitant, certes moderne mais encore marqué par les racines du blues sudiste. Entre-temps, entre 1957 et 1960, il accompagne son possible cousin Elmore James, une fois encore lors de sessions remarquables. En 1962, on note Hound Dog Taylor parmi ses accompagnateurs, puis il signe deux ans plus tard un excellent premier album, « Blues on the South Side », avant d’apparaître sur un nombre incalculable de compilations : celles-ci sont très à la mode dans la seconde moitié des années 1960, car elles offrent un bon moyen à un nouveau public (on parle de Blues Revival) de découvrir véritablement le blues qui se fait connaître au-delà des frontières américaines.

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© : James Fraher.

Dans les années 1970, il réalise donc avec Snooky Pryor des titres sublimes sur trois albums aujourd’hui rassemblés sur l’indispensable anthologie « The Big Bear Sessions ». Ensuite, Homesick James profite de son statut de légende et ne renouvelle pas son répertoire, mais sa sincérité et son implication resteront irréprochables jusqu’à la fin. Sa discographie est extrêmement fournie et il est parfois difficile de s’y retrouver, mais elle compte peu de faiblesses et contient quelques incontournables. Le morceau que j’ai retenu pour l’émission est Drivin’ Dog, qui date de sa meilleure époque (1973).

Homesick Débuts disque
© : Gérard Herzhaft.

« Complete Early Recordings 1952-1964 ». Gérard Herzhaft a eu l’excellente idée de rassembler les premières faces d’Homesick James, idéales pour disposer d’un panorama complet de son œuvre.

Homesick 1e album
© : Discogs

« Blues on the South Side » (Prestige, 1965). Son premier album, enregistré en 1964, sur lequel il démontre qu’il n’est pas inféodé à la slide, est aussi un de ses meilleurs, avec en outre des musiciens de Chicago impeccables : Lafayette Lee au piano, Lee Jackson à la basse et Clifton James à la batterie.

Homesick Big Bear
© : Discogs

 

« Homesick James and Snooky Pryor – The Big Bear Sessions » (Castle / Big Bear, 2003). Formidable anthologie qui regroupe trois albums essentiels du duo sortis dans les années 1970 : « Home Sweet Homesick James » (1973), « Shake Your Boogie » (1974) et « Homesick James & Snooky Pryor » (1975).

Ma Rainey with band
Ma Rainey à la fin des années 1920 entourée du Wild Cat Jazz band, avec Thomas Dorsey au piano. © : Patrick Murfin.

Côté réédition de la semaine, le label Acrobat propose « The Definitive Collection 1924-1928 », qui porte sur Ma Rainey, la chanteuse la plus populaire du blues classique des années 1920 avec Bessie Smith. Ma Rainey est née le 26 avril 1886 (on parle aussi de 1882) à Columbus en Géorgie, elle fut très précoce et débuta sans doute encore adolescente, vers la fin du XIXe siècle, dans un minstrel show. Quand il était mené par des Noirs, ce type de spectacle itinérant (avec les medicine shows) qui proposait des numéros de danse, de cirque, de montreurs d’animaux, des vendeurs de potions diverses et variées, fut surtout le premier terrain d’expression des plus anciens courants de la musique afro-américaine, dont les spirituals puis le blues. Ma Rainey pourrait avoir côtoyé le blues dès le tout début du siècle dernier (elle forma en outre sa propre compagnie avec son mari), soit bien avant la plupart des autres chanteuses de blues classique, y compris Bessie Smith, les deux femmes s’étant rencontrées en 1912 dans la célèbre troupe des Rabbit’s Foot Minstrels. Entre 1924 et 1928, Ma Rainey enregistra au total 94 chansons, en outre pour un seul label, Paramount. En fait, si on ajoute les prises alternées, elle a gravé une centaine de faces, mais avec les 94 chansons originales dans un coffret de quatre CD, Acrobat propose bien une intégrale de la chanteuse. Une anthologie évidemment essentielle… J’ai choisi pour mon émission un titre atypique (Lost Wandering Blues, 1924), sur lequel elle ne s’accompagne pas des habituels orchestres de jazz du blues classique, mais des frères Pruit, qui jouent du banjo et de la guitare. Le registre est donc plus archaïque, assez proche du string band.

Ma Rainey compile

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