Article « Les temps du blues » – 26 dec 2018

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Au programme de mon émission sur YouTube, W. C. Handy (rubrique « Un blues, un jour ») et Louis Mezzasoma (rubrique « Blues in France »).

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© : Jazziz.

W. C. Handy nous laisse des compositions écrites et arrangées une dizaine d’années avant les premiers enregistrements de blues. Parmi ces compositions pionnières et impérissables, Saint Louis Blues, publiée pour la première fois en 1914, est en très bonne place. Il a ensuite lui-même enregistré plusieurs fois cette chanson, et l’une des versions les plus célèbres est sans doute celle du 26 décembre 1939 (il y a 79 ans aujourd’hui), réalisée avec l’orchestre d’alors d’un certain Louis Armstrong. Certes, Armstrong, trompettiste et chanteur tout comme Handy, n’y prend pas part, mais cette séance démontre combien Handy, âgé à l’époque de 66 ans, continuait d’intéresser les producteurs tout en attirant autour de lui les meilleurs musiciens. En 1954, Armstrong lui rendra d’ailleurs le plus bel hommage en enregistrant l’album « Louis Armstrong Plays W. C. Handy » (Columbia). W. C Handy s’éteindra quatre ans plus tard, le 28 mars 1958, à l’âge de 84 ans.

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La couverture de l’édition originale de l’autobiographie de W.C. Handy (1941). © : WorthPoint.

W. C. Handy n’a pas suivi le parcours « ordinaire » des bluesmen. Né le 16 novembre 1873 à Florence en Alabama de parents qui ne voient pas la musique du meilleur œil, c’est un bon élève qui parvient toutefois à apprendre la guitare, l’orgue et finalement le cornet. Il s’émancipe ensuite, et dans les années 1890, il fait partie d’un string band, tourne avec une troupe itinérante (minstrel show), enseigne la musique et devient chef d’orchestre au tournant du siècle dernier. La suite de l’histoire nous est très familière. En 1903, à Tutwiler, une localité du Delta située à une vingtaine de kilomètres au sud de Clarksdale, il aurait découvert le blues en la personne d’un musicien local jouant de la guitare slide et parlant d’un lieu où deux lignes ferroviaires se croisent. Handy en fera une de ses célèbres compositions, Yellow Dog Blues (d’abord intitulée Yellow Dog Rag, 1913). S’intéressant à différentes formes de musiques folkloriques, visitant donc le Mississippi et séjournant à Memphis, il va composer dans les années 1910 une série de titres qui deviendront des classiques, dont Memphis Blues (1912), Saint Louis Blues (1914) et Beale Street Blues (1917).

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L’affiche officielle de Saint Louis Blues en 1914. © : Posterlounge.

De ce point de vue, Handy joue dès cette époque un rôle essentiel dans la popularisation du blues dont les premiers enregistrements surviennent peu après, à partir de 1920. Un phénomène encore accentué une œuvre écrite pionnière faite de plusieurs recueils rassemblant ses compositions dans les années 1920 et 1930, sans oublier bien sûr sa propre autobiographie en 1941, Father of the Blues: An Autobiography (Macmillan). En 1943, suite à une mauvaise chute, il est frappé de cécité, ce qui ne l’empêche pas de publier de nouveaux ouvrages. Affaibli par une attaque cardiaque en 1955, il décède trois ans plus tard à New York, où plus de 25 000 personnes assistent à ses obsèques pendant que 150 000 autres se rassemblent dans les rues adjacentes pour lui rendre un dernier hommage. J’ai évidemment programmé dans mon émission sa version du 26 décembre 1939 de Saint Louis Blues.

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Louis Armstrong, W. C. Handy et George Avakian (producteur de jazz), années 1950. © : Horizon Weekly.

 

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En deuxième partie, pour cette dernière rubrique « Blues in France » de l’année 2018, j’ai souhaité évoquer Louis Mezzasoma et son dernier album « Introspection ». Louis a choisi la formule du one-man band pour s’exprimer, il chante, joue de la guitare (il est particulièrement efficace à la slide) et des percussions. Il s’agit là de caractéristiques souvent rattachées au blues traditionnel sudiste, mais il l’interprète avec une ferveur et une fougue communicatives qui se traduisent au final par une musique très vivante et actuelle. En plus de cela, il ne se contente pas de reprendre des standards, et ses compositions sont marquées par ses expériences et ses voyages. Il a ainsi longtemps séjourné en Écosse, une terre qui a de quoi inspirer les bluesmen avec ses paysages moutonnés entrecoupés de profondes vallées où dorment de nombreux lochs. Louis avait déjà réalisé un album en 2016 intitulé « Home Made Blues », un titre qui en dit beaucoup sur son approche… Il faut aussi souligner qu’il travaille en collaboration avec Ti and Bo, cette fameuse société de production stéphanoise à laquelle on doit notamment d’excellentes réalisations dont le documentaire « To Me That’s the Blues », la série de portraits « Born to Be a Bluesman », et le très beau clip du dernier album de Louis.

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Louis sera aussi en tournée les prochaines semaines à partir du 15 janvier 2019, vous trouverez les dates sur la photo ci-dessus. Pour revenir à son deuxième album, je vous invite dans mon émission à écouter la chanson (presque) titre, Introspection Blues.

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Bruno Moncel / Ti and Bo.

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