Article « Les temps du blues » – 2 juin 2019

Les temps du gospel copie

Au programme de mon émission sur YouTube, Jazz Gillum (rubrique « Un blues, un jour »), et les Mighty Clouds of Joy (rubrique « Sur scène »).

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© : Scoopnest

Je m’arrête aujourd’hui sur l’assassinat d’Oneal Moore, survenu le 2 juin 1965. Né en 1931, Moore était shérif adjoint de Varnado, une ville du nord-est de la Louisiane, où il fut d’ailleurs le premier Afro-Américain à occuper ce poste. Dans la nuit du 2 juin 1965, Moore et son partenaire Creed Rogers, un autre shérif adjoint noir, patrouillent en voiture. Un pick-up les colle un moment mais ils n’y accordent pas grande attention sur le moment. Quelques minutes plus tard, ils repassent devant ce même pick-up, qui repart et les rattrape. Les occupants ouvrent le feu, et Moore, touché en pleine tête, perd le contrôle de la voiture qui finit contre un arbre. Moore est donc tué, mais Rogers, bien que gravement blessé car il perdra un œil, s’en sortira. Pour l’enquête, un nouveau shérif adjoint noir est nommé, Doyle Holliday, et des coups de feu seront tirés contre son domicile deux semaines après le meurtre, heureusement sans faire de victime. Creed Rogers, survivant de l’attaque, et Holliday identifient le pick-up et deux de ses occupants, dont l’un est connu comme suprémaciste blanc.

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© : Bogalusa Daily News

Le Ku Klux Klan est clairement soupçonné, mais il n’y a pas de témoins, et les habitants, malgré une récompense de 25 000 dollars, ont peur des représailles et ne disent rien. En 1967, l’affaire est classée. Le dossier sera rouvert plusieurs fois : en 1987, en 1990, en 2001, en 2009… Avec toujours les mêmes conclusions : pas de témoins, pas de preuves. De toute façon, entre-temps, les protagonistes sont morts, soit le principal suspect, le collègue et le remplaçant de Moore. Le meurtre a eu lieu en pleine lutte pour les droits civiques, mais plus de 50 ans après on ne s’avance pas beaucoup en affirmant qu’il ne sera jamais élucidé. Les bluesmen évitaient d’évoquer directement le Ku Klux Klan par crainte de représailles. Mais la violence existe dans leurs textes, par exemple chez Jazz Gillum, d’ailleurs lui aussi abattu d’une balle dans la tête après une bagarre… Dans mon émission, je vous propose de l’écouter en 1947, avec une chanson dans laquelle il dit qu’il ne sortirait plus sans son flingue et qu’il allait passer dans le camp des gangsters… Ça s’appelle Can’t Trust Myself.

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© : Discogs

 

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© : Amazon

Pour cette page du gospel du dimanche, je vous propose les Mighty Clouds of Joy, avec un extrait d’un concert enregistré le 2 juin 1998 au Paramount Theatre d’Okland en Californie. C’est sorti à l’origine en vidéo sous le titre « Legends of Gospel in Concert », puis en DVD chez Monterey Media, cette fois simplement intitulé « Gospel ». C’est absolument superbe, car en plus des Mighty Clouds, on y voit les Clark Sisters, Walter Hawkins & The Hawkins Family, Shirley Caesar et James Cleveland. On peut vraiment parler de réunion historique… Mais revenons aux Mighty Clouds of Joy, un groupe formé en 1961 à Los Angeles, et il faut reconnaître que nous n’avons pas encore eu l’occasion d’aller en Californie pour parler gospel. Et ça tombe bien car cette formation fait partir des meilleures du genre depuis les années 1960.

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© : University of Missouri Digital Libraries

Les Mighty Clouds incarnent un gospel traditionnel, mais comme d’autres groupes ils ont progressivement intégré des ingrédients du R&B et de la soul, car de tels vocalistes sont capables de tout chanter, et bien entendu de très bien le chanter. Ils furent parmi les premiers à apparaître dans des émissions télévisées comme Soul Trainet à ajouter des sections rythmiques complètes et des guitaristes solistes à leurs formations, ce qui leur valut d’ailleurs les critiques des puristes. Ils font aussi partie des groupes de gospel les plus prolifiques, car depuis le début des années 1960, ils n’ont pas cessé d’enregistrer et approchent aujourd’hui la trentaine d’albums. Bien entendu, de nos jours, la plupart des membres fondateurs ont quitté ce monde, notamment Joe Ligon et Johnny Martin, mais les Mighty Clouds of Joy continuent leur route… Il est temps de revenir à ce concert du 2 juin 1998, et je vous propose donc de les écouter dans mon émission avec Walk Around Heaven.

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© : Open Spotify

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