Article « Les temps du blues » – 3 juin 2019

 

Top of blues copie

Au programme de mon émission sur YouTube, Gene Ammons (rubrique « Un blues, un jour »), et Shemekia Copeland (rubrique « Top of blues »).

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© : Discogs

Nous allons parler une nouvelle fois des disques Chess, mais c’est normal sachant l’importance de cette marque dans l’histoire du blues, avec un artiste du nom de Gene Ammons. Vous connaissez très certainement l’histoire des frères Leonard et Phil Chess, qui ont commencé par racheter progressivement le label Aristocrat en 1947, avant donc de lui donner leur nom le 3 juin 1950, il y a tout juste 69 ans. Nous savons également que Chess est le plus célèbre label discographique de l’histoire du blues, mais son tout premier single, qui porte pour la petite histoire le numéro 1425, a été réalisé par un artiste de jazz, le saxophoniste Gene Ammons. Il est amusant de noter qu’il est lui-même le fils d’Albert Ammons, pianiste de blues et de boogie-woogie qui fut pour sa part le premier en enregistrer en 1939 pour Blue Note, un des plus célèbres labels… de jazz !

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© : Gregory’s Jazz Club

Le single inaugural de Chess comprend un instrumental, My Foolish Heart, enregistré le 2 mai 1950, complété de Bless You, gravé bien plus tôt, le 28 février 1949, sur lequel Ammons est accompagné de la chanteuse Mary F. Graham. Il paraîtra dans le courant du mois de juin 1950, mais l’histoire n’a pas retenu le jour exact de cette sortie. C’est également le cas pour le deuxième single, sorti en même temps et qui porte logiquement le numéro 1426, mais cette fois l’artiste nous est beaucoup plus familier car il s’agit d’un certain Muddy Waters avec Rollin’ Stone et Walkin’ Blues. Ce disque de Muddy marque le véritable départ de la longue et riche aventure de Chess avec le blues. Mais dans mon émission, je vous propose bel et bien d’écouter Gene Ammons pour le premier disque enregistré pour Chess, avec Bless You, sur lequel on entend donc aussi Mary F. Graham au chant.

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© : Discogs

 

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© : Brian Anderson / Blues Magazine

Pour ce nouveau « Top of blues », deux semaines après mon article et mon émission du 20 mai 2019, je vous propose une deuxième émission sur les résultats des Blues Music Awards, dont les gagnants ont été dévoilés le 9 mai dernier. Il y a 25 catégories, vous trouverez les résultats détaillés sur le site de la Blues Foundation, et il y aura sûrement d’autres émissions sur le sujet… Vous le savez maintenant, les grands gagnants sont Shemekia Copeland pour le meilleur album, la Welch Ledbetter Connection comme meilleur groupe, Buddy Guy pour le meilleur album traditionnel, et le trio composé de Joe Louis Walker, Bruce Katz et Giles Robson pour le meilleur albumacoustique, que j’ai programmé la semaine passée. Sans oublier que certains de ces artistes obtiennent plusieurs récompenses.

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© : Shemekia Copeland

Cela me donne l’occasion de m’arrêter sur Shemekia Copeland, qui a reçu deux Awards pour son album « America’s Child » sorti chez Alligator : album de l’année et meilleur album de blues contemporain. Un album que j’avais chroniqué pour le numéro 232 de Soul Bag (lire le texte de ma chronique ci-dessous), plus audacieux et qui explore de nouvelles pistes passant par le country rock et le folk blues. Une diversité qui s’explique aussi par la présence d’invités comme John Prine au chant, Will Kimbrough et Steve Cropper aux guitares, Al Perkins à la pedal steel, Rhiannon Giddens au banjo, Emmylou Harris aux chœurs… Au bilan, un album assez original dans sa discographie, mais également personnel, et qui prouve surtout que Shemekia Copeland n’a pas l’intention de s’endormir sur ses lauriers tout en gardant sa place parmi les meilleures vocalistes actuelles. Je vous propose de l’écouter dans mon émission avec une chanson un peu teintée de rythmées afro-cubains, et sur laquelle sa voix prend un beau relief. Ça s’intitule Such a Pretty Flame.

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© : Discogs

Chronique de l’album de Shemekia Copeland parue dans le numéro 232 de Soul Bag
© : Daniel Léon / Soul Bag
Vanter une Amérique dirigée (sic) par un personnage irracontable, il fallait oser. Mais c’est l’option choisie par Shemekia Copeland, qui voit sans doute là une façon d’affirmer son caractère bien trempé. Le morceau d’ouverture, dont le titre dit tout (Ain’t got time for hate), enfonce le clou et envoie un message direct : voilà de quoi il s’agit, on y est, pas la peine de revenir là-dessus. C’est asséné avec la vigueur propre à Shemekia, très bluesy et moderne, bien assorti de chœurs et de slide. Mais bien vite Shemekia s’efforce de démontrer que les frontières de sa musique ne sont pas fermées, et qu’elle les ouvre au contraire à bien des courants. La voici donc qui flirte avec le country rock, notamment sur une très belle lecture de l’intéressant Great rain avec le chanteur John Prine, sur lequel les voix et les guitares (Will Kimbrough très à son aise) s’associent à merveille pour une fusion des styles. Voire avec la ballade folk blues mélancolique, accompagnée de Rhiannon Giddens au banjo (Smoked ham and peaches), la rumba « slow tempo » (Such a pretty flame), la reprise des Kinks que la slide transfigure (I’m not like anybody else, un choix qui ne doit certainement rien au hasard !), enfin avec la… berceuse (Go to sleepy little baby). Bien sûr, elle reste fidèle à son registre habituel, un blues moderne percutant aux sonorités très actuelles dont sa voix toujours édifiante s’accommode au mieux : The wrong idea (avec un chorus de violon, quand même !), In the blood of the blues, One I love. Les temps faibles sont rares, seules la ballade soul Would you take my blood et la reprise du paternel Promised my self apparaissent un peu prévisibles. Mais Shemekia ne se contente pas de ressasser, elle fonce, se diversifie, et sa maturité et son talent naturel font le reste.

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© : Discogs

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