Émission « Les temps du blues » – 10 dec 2018

Top of blues copie
© : Brigitte Charvolin / Soul Bag.

Au programme de mon émission sur YouTube, Guitar Slim (rubrique « Un blues, un jour ») et Jean Guillermo (rubrique « Top of Blues », avec le Keeshea Pratt Band en illustration musicale).

Guitar Slim 1

Malgré son destin tragique et sa courte carrière car il est mort à seulement 32 ans, le chanteur et guitariste Guitar Slim, né il y a 92 ans le 10 décembre 1926, laisse une trace indélébile dans l’histoire de la musique populaire, et bien sûr en particulier de la guitare. Il importe de préciser d’emblée que son vrai nom de naissance est Eddie Jones, car d’autres artistes de blues et de soul portent aussi le pseudonyme de Guitar Slim (James Stephens, Norman Green, Joe « Tender Guitar Slim » Richardson ou encore Edgar Moore), il faut donc éviter de les confondre… Originaire de Greenwood dans le Delta, Mississippi, il a perdu très tôt sa mère et chanté à l’église dans son enfance. Élevé par sa grand-mère à Hollandale (au sud-ouest de Greenwood), il s’est dans un premier temps trouvé des aptitudes pour la danse, ce qui lui servira assurément plus tard sur scène. Il apprend bien entendu également la guitare et commence à tourner de plus en plus régulièrement. Après plusieurs visites dans les années 1940 en Louisiane, et notamment à La Nouvelle-Orléans, il s’y stabilise vers 1950. Il revendiquera l’influence d’un Clarence « Gatemouth » Brown, mais ce sera surtout pour son jeu de scène car son style s’en éloignera finalement considérablement. Comme il cherche dès lors à se faire connaître, il décroche de petits contrats mais ses premières faces à partir de 1951 passent quasiment inaperçues.

Guitar Slim 2
© : Discogs.

Jusqu’au 16 octobre 1953, quand il entre studio à La Nouvelle-Orléans pour une session pour le label Specialty qui deviendra légendaire. Ce jour-là, il enregistre The Things That I Used to Do, avec un certain Ray Charles au piano, aux arrangements et à la production ! Mais la chanson révèle surtout le talent de Slim : une belle voix poignante et enfiévrée, et bien sûr un jeu et un son de guitare torturés et novateurs, avec un usage de la distorsion qui préfigure avec une quinzaine d’années d’avance le rock. Jimi Hendrix, parmi bien d’autres, s’en inspirera… Dès lors, The Things That I Used to Do devient la chanson de tous les records. Sortie en 1954, elle reste 14 semaines à la première place des charts R&B de Billboardcette année-là. Avec plus d’un million d’exemplaires, une « performance » encore peu courante à l’époque, il s’agit même du morceau le plus vendu de l’année en R&B : comme il n’existait pas encore de classement spécifiquement blues, c’est encore plus notable…

Guitar Slim 3
© : Rolling Stones Stories.

Parallèlement, Guitar Slim se fait remarquer pour son jeu de scène spectaculaire (tout comme ses tenues), et durant ses concerts, il se caractérise par ses incursions au cœur du public, s’aidant pour cela d’un interminable câble de guitare : selon les sources, il mesurait entre 50 et 350 pieds (15 à 100 mètres environ) ! Dans la foulée de son titre phare, Guitar Slim en enregistre quelques autres dans la même veine et surtout d’un niveau proche (The Story of My Life, Trouble Don’t Last, You’re Gonna Miss Me Baby,Sum’thin’ To Remember You By…), aux côtés de pièces plus orientées R&B (Letter to My Girlfriend, Letter for You Baby,Twenty-Five Lies…), sans toutefois obtenir un succès comparable. Et à partir de 1956, après avoir signé chez Atco, alors que la vague du rock ‘n’ roll déferle, il perd pied. L’alcoolisme et une pneumonie ont finalement raison de lui, et il s’éteint le 7 février 1959, à seulement 32 ans. Malgré sa carrière très brève, l’influence de Guitar Slim sera énorme et diverse, certes dans le blues (Buddy Guy, Earl King, Albert Collins, Chick Willis, Lonnie Brooks), mais aussi dans le blues rock (Guitar Shorty, Stevie Ray Vaughan) et le rock (Jimi Hendrix ou encore Frank Zappa !).

Guitar Complete
© : Discogs.

Les choses sont assez simples concernant sa discographie, Jasmine a en effet sorti l’an dernier une compilation de 30 titres couvrant toute sa carrière : « You’re Gonna Miss Me – The Complete Singles Collection 1951-1958 ».

 

Guillermo 1
Au festival d’Avoine. © : La Nouvelle République.

Je suis particulièrement heureux de consacrer ma rubrique « Top of Blues » à un Français, car on ne félicitera jamais assez tous ces acteurs (qui ne sont pas nécessairement musiciens) qui œuvrent en faveur du blues. Et Jean Guillermo, car il s’agit de lui, fait même partie des « activistes » dans le domaine. Je ne lui ferais pas ici l’injure de le présenter dans le détail tant il est connu et identifiable dans notre « paysage », j’écrirais simplement qu’il est entre autres à l’origine du festival Blues sur Seine (fondé en 1999), puis en 2011 de France Blues et de l’European Blues Union. Ça me semble suffisant pour « qualifier » le personnage… Je l’ai donc choisi pour « Top of Blues » car il a été retenu pour un Keeping the Blues Alive Award décerné par la Blues Foundation, et qu’il recevra lors d’une cérémonie le 25 janvier prochain à Memphis, dans le cadre de l’International Blues Challenge.

2017 IBC's

Cet Award récompense des acteurs internationaux représentatifs du monde du blues mais non musiciens. Il peut donc s’agir d’auteurs, de journalistes (revues, radio, télé), de chercheurs, d’organisateurs d’événements, de promoteurs, d’agents, etc.

Guillermo 3
Au festival de Cahors en 2011. © : La Dépêche du Midi.

Ce n’est pas la première fois qu’un Français obtient cet Award, et Jean Guillermo est en excellente compagnie aux côtés de la revue Soul Bag, de Didier Tricard (qui a fait tourner les plus grands, organisateur de la tournée du Chicago Blues Festival, fondateur du label Isabel…), de Mike Lécuyer (fondateur de La Chaîne du Blues, du label Bluesiac…), de Gérard Herzhaft (est-il utile de le présenter ?), du Cahors Blues Festival, de Fred « Zicazic » Delforge (France Blues, site Internet de référence Zicazic…) et de Jacques Morgantini (pionnier du jazz et du blues en France dès les années 1940). À différents niveaux et à différentes époques, tous ces protagonistes ont permis de découvrir le blues et de le « maintenir en vie » (Keeping the Blues Alive), alors encore merci messieurs ! Et Jean Guillermo fait même plus fort que ses illustres collègues, car il s’agit de son deuxième Keeping the Blues Alive Award, après celui obtenu en 2008 avec l’équipe du festival Blues sur Seine ! Je me dois enfin de préciser que la Blues Foundation de Memphis s’occupe aussi du Blues Hall of Fame et des Blues Music Awards.

 

Pratt
© : Making A Scene.

Pour illustrer cela en musique, j’ai choisi pour mon émission le groupe vainqueur du dernier International Blues Challenge, le Keeshea Pratt Band. On y entend la chanteuse Keeshea Pratt entourée de cuivres et d’excellents musiciens dont Kid Andersen à la guitare. Ça date de 2017 et ça s’appelle Have a Good Time.

4 commentaires

  1. Une correction : je n’ai pas reçu de KBA Award à titre personnel. Il a été attribué en 2012 à Soul Bag au titre de « Print Media ». J’étais d’ailleurs allé à Memphis accompagné de Nicolas Teurnier, qui avait pris les rênes du magazine.

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    1. Ah ben voilà, faut jamais faire les choses de mémoire, c’est même de la prétention ! Mais que veux-tu, j’aurais tellement voulu que tu l’aies rien que toi tout seul ! Bon, sérieux, merci pour la précision, m’en vais corriger tout de suite ! Bises.

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