Article « Les temps du blues » – 26 mars 2019

Nouveauté semaine copie

Au programme de mon émission sur YouTube, Rufus Thomas (rubrique « Un blues, un jour »), et Tommy Castro (rubrique « Les temps du gospel »).

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© : Sun Records Company

Il y a tout juste 102 ans, le 26 mars 1917, naissait un artiste parmi les plus fantasques des musiques afro-américaines, Rufus Thomas, chanteur, comédien, danseur, animateur radio, meneur de revue. Bien entendu, on associe en priorité Thomas au R&B et peut-être davantage au funk, mais il ne faudrait surtout pas occulter son début de carrière discographique dans les années 1950, qui démontre qu’il a fait des choses très ancrées dans le blues. Avant cela, il naît donc Rufus C. Thomas, Jr. à Cayce, au nord du Mississippi, mais il n’avait que 3 ans quand sa famille s’est installée à Memphis (Tennessee), soit juste de l’autre côté de la frontière entre les deux États. Il a débuté dans des troupes itinérantes dont les Rabbit Foot Minstrels au milieu des années 1930, qui avaient déjà accueilli des chanteuses de blues classiques comme Ida Cox, Ma Rainey et Bessie Smith, mais au sein desquels des bluesmen ruraux comme Big Joe Williams et Brownie McGhee se firent aussi les dents, sans oublier un autre entertainer, Louis Jordan…

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© : Rolling Stones Stories

Cette expérience permet d’abord à Thomas d’apprendre les métiers de comédien et de danseur de claquettes. Mais il profite aussi de tout ce qu’offre Memphis dans les années 1940, alors en pleine effervescence artistique : il monte des spectacles et des concours de type talent shows, attirant des artistes comme B. B. King, Junior Parker, Johnny Ace ou Bobby Bland, et contribuant au lancement de leurs carrières ! Si ses premières faces de 1950 passent inaperçues, il s’installe aussi derrière le micro de la station de radio WDIA, avant d’enregistrer pour les labels Chess et Sun. À cette époque, Rufus Thomas est déjà une figure de la scène de Memphis et ce n’est que le début… En 1953, il grave quelques faces absolument irrésistibles dont les fameux Bear Cat(une composition en réponse au Hound Dog de Big Mama Thornton) et Tiger Man (King of the Jungle).

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© : East Portland Blog

Je ne m’attarde pas sur sa seconde partie de carrière à partir des années 1960, qui est évidemment remarquable et irréprochable, mais son registre va beaucoup s’éloigner du blues. Car, désormais accompagné de sa fille Carla, en signant chez Stax, il va faire sensiblement évoluer sa musique vers le R&B puis le funk, avec des succès fameux et planétaires comme Walking the Dog et Do the Funky Chicken. Il va devenir un représentant les plus spectaculaires du genre, déjà grâce à sa bonne grosse voix car c’est un excellent chanteur. Mais c’est aussi un showman incomparable et plein d’humour, à la tête d’une véritable revue pour ses concerts, qui se distinguait aussi par des tenues de scène aussi extravagantes que colorées. Infatigable, il ne s’est ensuite pas vraiment arrêté jusqu’à sa mort le 15 décembre 2001 à l’âge de 84 ans. Pour illustrer cela dans mon émission, j’ai pris une des chansons citées plus haut en 1953 pour le label Sun de Sam Phillips, Bear Cat. On y entend en outre le guitariste Joe Hill Louis, ce qui ne gâche rien !

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© : 45worlds

 

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© : Discogs

Pour la nouveauté de la semaine, je vous propose de retrouver un habitué de nos scènes, en l’occurrence le Californien Tommy Castro. La scène, il y est d’ailleurs très à l’aise, c’est vraiment son terrain favori, et il vient justement de réaliser un nouvel album enregistré en public, pour le label Alligator et qui s’intitule « Killin’ It Live ». À 63 ans, il est né le 15 avril 1955 à San Jose, alors qu’il enregistre depuis 1994, le chanteur et guitariste vient de dépasser la vingtaine d’albums, autrement dit il tient un rythme soutenu, à l’image de ce qu’il fait en concert, d’ailleurs… Castro est d’évidence un boulimique qui adore ce qu’il fait, il ne semble pas se lasser ni manquer d’inspiration, car même pour un live qui se prête souvent aux reprises, il propose pas moins de huit compositions personnelles sur un total de dix morceaux.

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© : Discogs

Côté registre, comme il s’accompagne ici d’un clavier au détriment d’un saxophone plus présent par le passé en notamment à ses débuts (dans une composition de groupe qui à mes yeux lui convenait mieux), cela contribue à un durcissement de sa musique. Car il faut être clair, il évolue quand même assez franchement sur le terrain du blues rock, avec par exemple des morceaux comme Make It Back to Memphis, Can’t Keep a Good Man Down ou Them Changes. Mais sa musique moderne et très actuelle ravira ses fans. Car il reste habité par cette générosité qui le caractérise sur scène, il se dépense sans compter avec la même énergie qu’à ses débuts et on ne saurait lui reprocher. Et s’il privilégie le gros son à la guitare, je trouve qu’il chante de mieux en mieux, peut-être avec un voile supplémentaire dans la voix qui adoucit ses interprétations parfois un peu rentre-dedans. Ça me semble être le cas sur le morceau que j’ai choisi pour mon émission, qui est aussi un de ses premiers succès, Can’t Keep a Good Man Down.

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© : Discogs

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