Émission « Les temps du blues » – 3 dec 2018

Top of blues copie

Au programme de mon émission sur YouTube, Blind Willie Johnson (rubrique « Un blues, un jour ») et Corey Dennison & Gerry Hundt (rubrique « Top of Blues »).

BWJ 1
© : Courtesy Stefan Wirz.

En première partie, je vous propose dans « Un blues, un jour » d’évoquer le maître de la guitare slide Blind Willie Johnson (1897-1945), avec sa première séance d’enregistrement qui s’est déroulée le 3 décembre 1927 à Dallas, Texas. Né le 25 janvier 1897 à Pendleton au Texas dans une famille pieuse, il est aveuglé avec de la soude caustique par la deuxième femme de son père. Il se produit très vite en musicien itinérant et se forge un style extrêmement personnel, basé sur une énorme voix rauque et un jeu de guitare slide étourdissant et très élaboré pour l’époque. Johnson innove avec ses lignes inventives et virtuoses, et nombre de spécialistes considèrent qu’il est en quelque sorte « l’inventeur » de la slide moderne, peut-être le premier à prendre de véritables chorus avec cette technique. Dès ses premières faces pour Columbia le 3 décembre 1927, il étale ses immenses qualités sur des titres qui deviendront des classiques intemporels, dont It’s Nobody’s Fault But Mine, Dark Was the Night, Cold Was the Groundet Motherless Children Have a Hard Time. Jusqu’en 1930, Johnson va enregistrer au total une trentaine de titres, tous remarquables. Si ses textes étaient exclusivement religieux, son interprétation était très proche du blues, il faisait d’ailleurs partie d’un courant appelé le Sacred Blues, le blues sacré, dont il fut un chef de file.

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Malheureusement, comme d’autres grands créateurs avant lui, Blind Willie Johnson tira peu de profits de ses réalisations (pourtant, ses disques se vendaient plutôt bien pour l’époque) et ne fut pas reconnu de son vivant. Après 1930, il n’enregistra d’ailleurs plus et se consacra à l’église. Il mourut plutôt misérablement le 18 septembre 1945, tombant malade après être resté dans le froid et les ruines de sa maison détruite par un incendie, qu’il refusait de quitter. Dans les décennies suivantes, il accédera à une popularité à peine croyable. En 1977, sa chanson Dark Was the Night, Cold Was the Groundfit partie des 27 échantillons musicaux embarqués à bord des deux sondes Voyager envoyées en 1977 (sur les disques Voyager Golden Records ») dans l’espace à destination d’éventuels extra-terrestres ! Aucun autre bluesman n’aura cet honneur, ni B. B. King, ni Muddy Waters, ni John Lee Hooker… Sept ans plus tard, en 1984, cette même chanson sera reprise par Ry Cooder sur la bande originale du film de Wim Wenders Paris, Texas, palme d’or au festival de Cannes, et on l’entendait déjà en 1965 dans L’Évangile selon saint Matthieude Pier Paolo Pasolini. Wenders, encore, reviendra aussi sur le parcours de Johnson en 2003 dans son film The Soul of a Man… Malgré cette reconnaissance aujourd’hui bien établie et son influence avérée sur des générations de musiciens, il n’existe pas d’intégrale récente des enregistrements de Blind Willie Johnson, seulement des sélections (comptant généralement 20 à 25 titres), par ailleurs excellentes mais donc incomplètes. Pour avoir la « totale », il faut chercher un CD réédité en 2005 chez Legacy/Columbia, « The Complete Blind Willie Johnson ».

 

Delmark

Pour cette page « Top of Blues », j’ai souhaité évoquer les 65 ans du label de Chicago Delmark, qui a donc été fondé en 1953 par Bob Koester. Et vous le savez sans doute, mais Koester est resté aux manettes jusqu’en mai dernier, quand il a cédé les droits de sa marque pour prendre sa retraite… à plus de 85 ans ! Une telle longévité méritait bien de figurer au « Top of Blues », d’autant que depuis 1953, le niveau du catalogue Delmark n’a pas baissé, et c’est aujourd’hui le plus ancien label indépendant de blues et de jazz aux États-Unis. Il s’agit bien de blues et de jazz, car quand Koester a fondé sa marque en 1953 à Saint-Louis (elle portait le nom Delmar au début, il s’est d’abord surtout consacré au jazz. Mais après avoir pris ses quartiers à Chicago en 1958, il s’est de plus en plus orienté vers le blues à partir des années 1960, enregistrant ce qui se faisait de mieux jusqu’à aujourd’hui, seulement concurrencé à partir de 1971 par un certain Bruce Iglauer, fondateur d’Alligator après avoir débuté auprès de… Bob Koester ! Il est impossible de citer tous les artistes enregistrés par Delmark, mais pour se faire une idée, on se procurera l’album sorti cet été à l’occasion des 65 ans du label, « Tribute – Newly Recorded Blues Celebration Of Delmark’s 65th Anniversary ». D’autant qu’il ne s’agit pas d’une simple réédition de titres précédemment parus, mais bien de 11 nouveaux morceaux réalisés par des artistes actuels rendant hommage à d’anciens musiciens qui ont fait l’histoire de la marque, mais qui ne sont plus de ce monde. On y entend donc en pleine forme des gens comme Omar Coleman, Lurrie Bell, Linsey Alexander, Demetria Taylor, Jimmy Burns, Lil’ Ed, Jimmy Johnson, et d’autres encore dont le duo composé de Corey Dennison et Gerry Hundt. Ils représentent la jeune génération, sont bourrés de talent et viennent d’enregistrer deux superbes albums, pour Delmark bien sûr. Pour mon émission, j’ai choisi donc un extrait du dernier sorti l’an dernier par Dennison et Hundt (sous le nom du Corey Dennison Band), « Night after Night », et le morceau s’appelle « Hear my Plea ».

Dennison

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