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Forest City Joe intégralement réédité

Forest City Joe intégralement réédité

© : Jasmine Records.

Depuis la nouvelle version de ce site mise en place en avril dernier, je m’efforce d’évoquer les sorties de nouveautés, qu’il s’agisse de disques, de livres, de films, de DVD… Et depuis quelques semaines, j’étoffe mon réseau en contactant labels et éditeurs afin qu’ils me fassent part de leurs parutions. Les échanges sont évidemment positifs. Concernant les disques, outre les nouveautés, je souhaite donner aussi plus de place aux rééditions. Car de telles entreprises ne sont pas vaines. Certes, bon nombre d’entre elles reprennent des chansons connues, mais elles sont souvent présentées sous de nouveaux habillages, alors qu’elles étaient indisponibles depuis longtemps, avec une qualité sonore améliorée, à coût réduit. Elles proposent parfois des inédits, sont utiles aux animateurs radio ou aux journalistes, enfin constituent souvent un bon moyen de découvrir des artistes méconnus ou plus simplement de venir au blues.

© : Popsike.

Pour inaugurer cette série qui promet d’être longue, je m’arrête sur la compilation « The Harmonica Blues of Forest City Joe – Special Delivery Man » du chanteur et harmoniciste Forest City Joe, sortie par le label londonien Jasmine Records. De son vrai nom Joe Bennie Pugh, il naît le 10 juillet 1926 à Hughes, Arkansas, non loin d’Helena et d’une ville à l’ouest qui s’appelle… Forrest City, avec deux « r » ! Enfant, il travaille à la ferme, mais grâce à sa mère, il apprend la guitare, le piano puis l’harmonica, et en grandissant, il se produit de plus en plus dans sa région. Privilégiant désormais l’harmonica, il s’inspire beaucoup de son mentor John Lee « Sonny Boy » Williamson. Après avoir côtoyé Big Joe Williams et fait étape à Saint-Louis, il se fixe à partir de 1947 à Chicago où il se fait appeler Forest City Joe. Il parvient même à rencontrer son idole Sonny Boy mais aussi Muddy Waters, dont il devient en quelque sorte le premier harmoniciste (sur scène) !

© : Blue Eye.

Après l’assassinat de Sonny Boy en juin 1948, il est remarqué par Leonard Chess qui souhaite l’enregistrer pour son label Aristocrat (qui deviendra Chess en 1950), avec Muddy Waters comme guitariste. Celui-ci ne peut toutefois participer à cette séance organisée le 2 décembre 1948, et il est remplacé à la va-vite par un guitariste jazzy, J.C. Cole. Huit titres sont gravés, mais le guitariste ne convenant pas, seul un single paraît (Memory of Sonny Boy et A woman on every street). Les autres faces seront éditées plus tard mais le single ne se vend pas, et Forest City Joe se rend à West Memphis où il joue avec Howlin’ Wolf avant d’être engagé dans la formation de Willie Love, les Three Aces. Il consent toutefois à revenir dans la Windy City après quelques mois et joue avec Otis Spann. Ce dernier et Muddy Waters ne cessent de clamer que Forest City Joe est un des meilleurs harmonicistes qu’ils connaissent, mais il ne retrouve pas le chemin des studios. Spann finit par le remplacer en 1954, et l’année suivante, il repart cette fois pour de bon s’installer du côté de Hughes, où il se produit en soirée les week-ends et conduit un tracteur la semaine.

Forest City Joe et Sonny Boy Rogers, 1959. © : Alan Lomax / Stefan Wirz.

De passage dans cette ville en 1959, Alan Lomax et Shirley Collins le trouvent en train de jouer de la guitare dans la rue et décident de l’enregistrer (sur « Southern Folk Heritage Series Recorded In The Field By Alan Lomax », Atlantic, 1960). Les neuf faces alors réalisées sont somptueuses et confirment le talent de Joe dans un blues très expressif et « sudiste » d’inspiration rurale. Sur sa réédition, Jasmine reprend les dix-sept chansons de Forest City Joe en 1948 et 1959, mais aussi deux autres de Boy Blue (Roland Hayes) et Little Son Joe (Ernest Lawlars), immortalisés à la même occasion par Lomax et Collins. Forest City Joe pense alors qu’il va pouvoir lancer une carrière qui promet d’être brillante. Hélas, le 3 avril 1960, alors qu’il est au travail sur son tracteur, le véhicule agricole se retourne et l’écrase, le tuant sur le coup. Il avait trente-trois ans. Je vous propose de l’écouter avec son premier morceau de 1948, Memory of Sonny Boy, sur lequel l’influence de Sonny Boy est encore manifeste, et deux autres de 1959, bien plus personnels, Train time et Drink on little girl.

© : Discogs.

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