Article « Les temps du blues » – 28 dec 2018

En tournée copie

Au programme de mon émission sur YouTube, Johnny Otis (rubrique « Un blues, un jour ») et Luther Allison (rubrique « En tournée »).

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Au centre de son orchestre. © : npr / Charlie Gillett Collection / Redferns Via Getty Images.

J’ai donc débuté mon émission du jour avec un personnage que l’on peut vraiment qualifier de figure centrale de la musique populaire américaine, qui ne se cantonnait d’ailleurs pas au seul blues. Il s’agit de Johnny Otis, né à Vallejo en Californie le 28 décembre 1921, il y a 97 ans aujourd’hui. D’origine grecque, il s’appelait en réalité Ioannis Alexandres Veliotes, et au-delà de la musique, c’était un passionné de culture et de condition afro-américaine. Et sa conception des choses dans le domaine allait très loin car s’il était blanc, il aimait dire que s’il avait eu le choix, il aurait préféré être noir. Il épousera d’ailleurs une femme d’origine afro-américaine et philippine, qui lui donnera quatre enfants, dont le plus célèbre est sans doute Shuggie Otis. Avec de tels personnages qui sont de véritables pivots dans l’histoire, il est impossible de décrire leur parcours dans le détail dans le cadre restreint d’un simple article. En plus, Johnny Otis ne facilite pas la vie des chroniqueurs et des historiens car sa polyvalence dépassait l’entendement !

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© : Rhythm and Grooves / Guitar Snob.

Ainsi, dans un premier temps, si on s’en tient à ce qui se rapporte directement à la musique, il était donc musicien, chanteur, pianiste, percussionniste, batteur, chef d’orchestre, compositeur, arrangeur, producteur et découvreur de talents. Mais en élargissant un peu le spectre, on apprend qu’il fut aussi animateur de radio et de télévision, journaliste, écrivain, homme politique, activiste des droits civiques, pasteur, gérant de club, peintre, sculpteur ou encore fermier bio ! Et j’en oublie très certainement… D’ailleurs, si vous souhaitez en savoir plus sur l’étonnant destin de Johnny Otis, je vous conseille vivement la lecture de son excellente biographie signée George Lipsitz, Midnight at the Barrelhouse – The Story of Johnny Otis(University of Minnesota Press, 2013), que j’avais lue d’une traite ! Le Barrelhouse est le nom du club qu’il ouvrit en 1947 à Los Angeles, mais à l’époque, il jouait déjà depuis près de dix ans au sein d’orchestres de jazz. Dès lors, il va s’imposer en dénicheur de talents, découvrant ou contribuant au lancement des carrières d’artistes de la stature d’Esther Phillips, de Big Mama Thornton, d’Etta James, de Johnny Ace, d’Hank Ballard, de Jackie Wilson, de Little Willie John et de Big Jay McNeely, pour ne citer que les plus notoires.

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© : Discogs.

La liste de ses collaborations est impressionnante et son influence sur la scène californienne s’étend sur quelque six décennies, des années 1940 aux années 1990. Dès les années 1950, il anime sa très fameuse émission télévisée The Johnny Otis Show. Puis, à partir des années 1960, il se consacre davantage au journalisme et à la politique, sans oublier la production (il créa également plusieurs labels dans sa carrière dont Ultra, DIG et surtout Blues Spectrum), à la radio dans les années 1980, avant de devenir quelque temps pasteur dans une église à Santa Rosa. À la tête d’une ferme bio dans ses dernières années, il a pris sa « retraite musicale » en 2004 et s’est éteint le 17 janvier 2012 à l’âge de 90 ans. Johnny Otis occupe à jamais une place considérable dans l’histoire des musiques qui nous passionnent, et il nous laisse un patrimoine artistique incomparable. Ces propres compositions en font partie et Willie and the Hand Jive, écrite en 1958, est une des plus exemplaires de son répertoire. Je l’ai choisie pour mon émission pour plusieurs raisons. C’est d’abord un titre irrésistible très enlevé « à la Bo Diddley ». Il a été repris par des artistes de tous bords mais aucune version ne rivalise avec l’originale. Enfin, si Otis le Blanc voulait être Noir, au niveau vocal il doit être comblé car on s’y tromperait !

 

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© : The Blues Mobile / Willa Davis.

En cette période de fêtes, les rubriques du vendredi et samedi, « En tournée » et « Sur scène », sont remplacées par une sélection de morceaux live. Pour aujourd’hui, j’ai choisi Luther Allison. Un choix qui s’imposait quand on sait que Luther était régulièrement plébiscité pour ses prestations scéniques électrisantes et d’une incroyable énergie. Le chanteur et guitariste de Chicago s’est toujours donné à fond et sans compter jusqu’à sa mort en 1997 à l’âge de 57 ans. Né le 17 août 1939 à Widener, Arkansas, il arrive à Chicago en 1951, et dès la fin des années 1950, il écume les clubs du West Side. Son style de blues très tendu, avec son chant ultrapuissant et son jeu de guitare spectaculaire, répond d’ailleurs parfaitement aux critères du West Side Sound. Il est ensuite repéré par Bob Koester du label Delmark qui lui permet d’enregistrer en 1969 son premier album, le remarquable « Love Me Mama », qui met déjà en avant toutes ses qualités.

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© : Pixels / Gary Gingrich Galleries.

D’autres disques de belle qualité suivent dans les années 1970. Parallèlement, ses concerts dynamiques durant lesquels il se dépense sans compter lui valent d’être programmé dans les plus grands festivals américains, puis d’attirer l’attention des tourneurs européens. Suite à l’une de ces tournées outre-Atlantique, il décide de s’installer à Paris en 1977, où il résidera de longues années. Deux ans plus tard, il réalise pour le label Free Bird « Live in Paris », qui confirme son rang parmi les bluesmen qui marquent leur époque. Dans les années 1980, il élargit son registre en semblant s’adresser davantage au public rock, ce que d’aucuns lui reprocheront. Sans doute un peu hâtivement car Luther a beaucoup contribué à la reconnaissance du blues dans les années 1980, période de vaches maigres pour cette musique.

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© : Allmusic

Il mettra d’ailleurs magistralement les choses au point au cours de la décennie suivante, en signant une brillante trilogie d’albums : « Bad Love » (Ruf, 1994), « Blue Streak » (Alligator, 1995) et « Reckless » (Ruf, 1997). Malheureusement, Luther tombe malade durant l’été 1997 et décède d’une tumeur foudroyante au cerveau le 12 août 1997. Deux ans après sa disparition, un nouvel album enregistré en 1995 en public à Chicago (« Live in Chicago », Alligator) sonnera comme un ultime hommage à ce showman incomparable. Comme en bien d’autres occasions, il s’inscrit aussi en utilisateur hors pair de la guitare slide, au point de pouvoir reprendre du Hound Dog Taylor sans se ridiculiser : on réécoutera dans le genre son tour de force du « Live in Paris », Tribute to Hound Dog, hélas trop long pour le format de mon émission (11 minutes !)… J’ai donc programmé un extrait plus raisonnable de son « Live in Chicago », mais c’est bien une reprise de Hound Dog,Give Me Back My Wig.

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© : Discogs

Soulignons enfin la parution l’an dernier chez Ruf d’un remarquable coffret, « Luther Allison – A Legend Never Dies – Essentiel Recordings 1976-1997 », comprenant 7 CD, 4 DVD et un livre.

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