Highland révise l’histoire de l’esclavage

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© : Jordy Jager pour NPR.

En lisant un sujet publié le 9 décembre dernier sur le site du réseau National Public Radio* (NPR), je me suis dit qu’il constituerait la base idéale à un article en forme de message de vœux pour cette année 2019. D’autant que cette même année 2019 marque les 500 ans du débarquement du premier bateau transportant des esclaves africains, en 1619, sur le sol des futurs États-Unis d’Amérique. Sous le titre « A Former Plantation Begins To Tell A Fuller Story Of Slavery In America » (soit en gros : « Une ancienne plantation commence à en dire davantage à propos de l’esclavage en Amérique »), l’article de NPR met l’accent sur un point sensible et relativement nouveau. Car les États-Unis sont loin d’avoir chassé tous leurs démons relatifs à l’esclavage et à la ségrégation. D’ailleurs, quand on visite les plantations (on connaît celles des berges du Mississippi, mais elles subsistent dans tout le sud-est du pays), on s’aperçoit rapidement que l’esclavage, s’il n’est pas occulté, est souvent évoqué pudiquement et surtout de façon très factuelle. Et de nos jours, en narrant l’histoire de ces lieux, on met plus volontiers l’accent sur le faste passé et présent de ces demeures et des domaines qui les accueillent. Pour donner plus d’écho à ces événements et rendre pleinement justice aux victimes de cette odieuse servitude, il serait également opportun de laisser plus souvent s’exprimer les descendants de ces esclaves, qui sont quand même jusqu’à preuve du contraire les premiers concernés…

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James Monroe, Jr. lors d’une rencontre avec d’autres descendants. © : James Monroe’s Highland pour NPR.

Les choses semblent donc évoluer dans ce sens du côté de la plantation Highland près de Charlottesville en Virginie (comme par hasard l’État du débarquement du premier bateau d’esclaves évoqué plus haut…), qui fut la résidence de 1799 à 1823 de James Monroe (1758-1831), cinquième président des États-Unis. La plantation compta jusqu’à 49 esclaves, qui conservèrent ensuite le nom de Monroe. C’était courant à l’époque car les esclaves étaient privés de leurs noms d’origine, dès lors sans autre choix que de prendre celui du propriétaire, que leurs descendants des générations suivantes gardaient également… Après l’Émancipation qui mit fin à l’esclavage en 1865, les Monroe (évidemment Noirs et sans relation avec l’ancien président !) devinrent même assez nombreux pour fonder Monroetown, aujourd’hui disparue. Bien entendu, les officiels s’attardaient peu sur ce pan de l’histoire et les guides se contentaient de mentionner le « politiquement correct » aux touristes. Toutefois, en 2016, George Monroe, Jr. un descendant des esclaves de la plantation, visita les lieux. Il obtint un rendez-vous avec l’actuelle directrice, Sara Bon-Harper, et intégra son équipe. Il réunit également une douzaine d’autres descendants, qui rencontrèrent les guides, lesquels révèlent désormais aux visiteurs une nouvelle facette de cette histoire.

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© : James Madison’s Montpelier.

Et l’histoire devient vraiment très belle quand on apprend que Monroe et Bon-Harper sont allés plus loin. En février 2018, ils furent à l’initiative du premier sommet national sur l’enseignement de l’esclavage (National Summit on Teaching Slavery), sur le site de l’ancienne plantation de Montpelier en Virginie, ancienne résidence d’un autre président américain, James Madison (1751-1836). Il rassemblait une cinquantaine d’enseignants, de chercheurs et d’historiens en vue de mettre sur pied un programme qui servirait autant aux guides des plantations qu’aux établissements scolaires pour l’enseignement de l’histoire de l’esclavage. Assurément un vaste programme pour réviser l’histoire à défaut de la refaire, mais on espère qu’il aboutira tout en bousculant les consciences. Pour ce qui me concerne, je voulais donc m’appuyer là-dessus pour vous transmettre tous mes vœux de bonheur et de joie pour cette nouvelle année ! Tout en vous remerciant pour votre fidélité !

* Énorme réseau non commercial de radios aux États-Unis, qui compte plus de 1 000 stations et rassemble près de 30 millions d’auditeurs chaque semaine.

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