Nouveauté semaine copie

Au programme de mon émission sur YouTube, Woodrow Adams (rubrique « Un blues, un jour »), et John Mayall (rubrique « Nouveauté de la semaine »).

Je vous invite aujourd’hui à faire mieux connaissance avec Woodrow Adams, né il y a 102 ans, le 9 avril 1917. Chanteur, guitariste et harmoniciste, on peut vraiment dire que c’est un bluesman très méconnu. Ce représentant d’un blues rural très inspiré du Delta n’a d’ailleurs pas enregistré le moindre album, seulement une grosse vingtaine de faces dans les années 1950 et 1960. On les retrouvera disséminées sur diverses compilations, et en 2015, le label allemand Be! Sharp aura la bonne idée d’en rassembler seize sur une anthologie intitulée « This Is the Blues ». Pourtant, nous le verrons un peu plus loin, il n’a pas manqué grand-chose à Adams pour mener une carrière plus consistante.

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© : Discogs

De son nom complet Woodrow Wilson Adams, il vient de Tchula dans le Mississippi. Cette petite ville de l’est du Delta, située une quarantaine de kilomètres au sud de Greenwood, a vu naître des bluesmen notoires dont Jimmy Dawkins, Lester « Mad Dog » Davenport et Little Smokey Smothers. Issu d’une famille rurale, Adams s’est d’abord consacré aux travaux agricoles, même s’il a appris la guitare et l’harmonica durant sa jeunesse. Comme pour d’autres avant lui dans ces régions rurales, la musique ne constituait pas une priorité, et il était conducteur de tracteur quand il fut convié à réaliser ses premiers enregistrements le 24 mai 1952, avec notamment Fiddlin’ Joe Martin à la batterie. La séance se passait à Memphis pour Sam Phillips et le label Checker, une filiale de Chess. Un single fut édité, aujourd’hui extrêmement rare car il n’en existerait plus qu’un exemplaire en circulation ! Trois ans plus tard, Adams grave d’autres faces pour Meteor, toujours à Memphis avec Phillips et d’excellents accompagnateurs, en l’occurrence Joe Hill Louis et à nouveau Martin.

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Fiddlin’ Joe Martin et Woodrow Adams le 18 avril 1971 à Robinsonville, Tennessee. © : Steve LaVere / Stefan Wirz

Phillips collabore avec les frères Chess (qui possèdent Checker) et Bihari (propriétaires de Meteor), et il entoure les artistes de ses musiciens « maison », des conditions qui auraient dû permettre à Woodrow Adams de lancer sa carrière. Ce n’est malheureusement pas le cas, et Adams, sans doute trop « rustique » alors que la vague du rock s’abat sur Memphis, après quelques autres singles en 1960 qui ne sont pas édités, retombe dans l’anonymat et se contente de jouer localement. Puis, en 1967, le musicologue David Evans, toujours en quête de talents originaux dans la tradition du blues rural du Mississippi, le repère et lui permet d’enregistrer quelques faces (toujours avec Fiddlin’ Joe Martin aux fûts !), deux apparaissant en 1974 chez Flyright sur « High Water Blues ». Puis Adams disparaît à nouveau de la circulation… C’est dommage car son country blues s’était modernisé dans les années 1960, ce qui le rendait tout à fait digne d’intérêt. Il est mort le 9 août 1988 à 71 ans. J’ai pris pour mon émission un extrait de 1967, tiré d’une session pour David Evans. C’est pris sur le vif, on entend même les conversations en bruit de fond, mais c’est très intense. Ça s’appelle Pony Blues.

 

Même sans suivre attentivement tout ce qu’il se passe dans le blues, difficile d’ignorer que John Mayall a sorti un nouvel album, « Nobody Told Me », chez Forty Below Records. Cela fait de toute façon très longtemps que l’influence de Mayall dépasse le cadre de la musique qui l’a fait connaître et qu’il est une sorte de légende vivante. Lui-même, son staff comme son label ne manquent donc pas de moyens pour assurer la promotion d’un artiste de cette stature. Et qu’il bénéficie de telles conditions est de toute façon mérité. Dès lors, il ne se prive pas d’avoir des invités, même si certains ont parfois un rapport très lointain avec la sphère dite blues. En l’occurrence, il s’agit de Joe Bonamassa, Larry McCray, Todd Rundgren, Alex Lifeson, Steven Van Zandt et Carolyn Wonderland. L’album fait donc la part belle aux guitares, ce qui n’a rien de surprenant, la longue histoire de Mayall a commencé de cette manière…

Ceci dit, ce défilé d’interventions de la part de musiciens peu familiers des codes et de la spontanéité du blues, même si tous ces gens jouent très bien et qu’il s’agit de bonne musique, ne génère pas à mes yeux autre chose qu’un respect poli. C’est bien sûr une appréciation toute personnelle… Quant à Mayall, à 84 ans, car le disque a été enregistré en janvier 2018, soit avant qu’il ne connaisse une alerte de santé l’été dernier, s’il ne surprend plus, il continue de stupéfier. Bien sûr, côté voix, il ne peut plus monter comme avant mais ce n’est pas vraiment gênant, il reste touchant, à l’harmonica il n’est pas fou et se garde bien de prendre des risques, et il a enfin conservé toute sa sensibilité et son toucher derrière son clavier, car le piano a toujours été à mes yeux son meilleur instrument. Bref, sûrement pas le disque de l’année mais un bon CD par un artiste exemplaire auquel on doit de toute façon beaucoup, et ce à bien des niveaux. Dans mon émission, je vous invite à écouter le morceau qui donne son nom à l’album, Nobody Told Me, un beau blues lent.