Blues in France copie

Au programme de mon émission sur YouTube, les Carolina Peanut Boys (rubrique « Un blues, un jour »), et Guital & Kali (rubrique « Blues in France »).

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CPB 1. © : Wikipedia

Nous allons parler aujourd’hui d’un personnage étonnant comme il en existe de moins en moins, George Washington Carver. Le 10 avril 1941, à partir d’un fruit, le kaki, il a mis au point un médicament pour traiter la pyorrhée, dont la forme la plus connue est la gingivite qui peut conduire à un déchaussement des dents. Mais on lui doit en réalité des centaines d’inventions dans le domaine de l’agronomie, de l’agriculture et de la botanique, qui lui vaudront d’être surnommé le Léonard de Vinci noir… Carver est né esclave au début des années 1860, peut-être en 1864, à l’emplacement de l’actuelle petite ville de Diamond dans le Missouri, et il est mort le 25 janvier 1943 vers 79 ans. Âgé d’à peine une semaine, il est enlevé avec d’autres membres de sa famille par des trafiquants d’esclaves de l’Arkansas. Son propriétaire lance des hommes à leur recherche qui ne retrouvent que le nourrisson…

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CPB 2. © : SlideShare

Une fois l’esclavage aboli, Carver grandit dans la famille de son ex-propriétaire (qui lui a donné son nom et se nomme donc Carver) qui l’élève comme ses propres enfants. Faute d’école pour les Noirs suffisamment proche, l’adolescent doit gagner le Kansas pour continuer sa scolarité. Il gravit progressivement les échelons, doit encore se déplacer mais parvient à mener des études supérieures dans les domaines de l’agriculture et la botanique, et il se fait d’abord remarquer pour ses recherches en mycologie. En fait, il sera chimiste, agronome et botaniste, et en particulier spécialiste de l’arachide, à partir de laquelle il va développer entre 250 et 300 produits, dont une bonne centaine de recettes mais aussi des produits d’entretien ou cosmétiques, des huiles, des savons, des shampooings, etc. Il s’intéressera également à la patate douce, mais il deviendra vraiment très célèbre pour ses recherches dans le domaine de la fertilisation des sols et de la rotation des cultures.

Ainsi, il jouera un rôle dans l’évolution de la culture du coton dans le Sud des États-Unis, qui présentait l’inconvénient d’appauvrir les sols. Carter préconisa donc d’alterner cette culture du coton avec celle de la patate douce et de légumes pour améliorer le rendement des sols. À cause de la ségrégation, la réputation de Carver resta d’abord confinée à la communauté afro-américaine, mais les progrès générés par ses études et ses découvertes furent ensuite plus largement reconnus et même enseignés, et il sera notamment reçu par trois présidents américains, Theodore Roosevelt, Calvin Coolidge et Franklin Roosevelt. En anglais, arachide se dit peanut. Pour mon émission, j’ai trouvé à la fois un groupe au nom contenant ce mot, les Carolina Peanut Boys, qui est en fait un pseudonyme utilisé par le Memphis Jug Band, avec un morceau qui parle d’un vendeur de peanuts qui séduit la femme du chanteur… Ce morceau date de 1930 et s’appelle This Will Bring You Back.

 

Passons maintenant à la page française. Si vous suivez notre scène blues, vous connaissez peut-être Guital & Kali car la réputation de ce duo commence à grandir. C’est en plus une belle histoire que celle de ces deux chanteurs-guitaristes, à savoir mademoiselle Kali, seulement 18 ans, et Guital, seulement trois fois l’âge de sa protégée, protégée car il est à l’origine son professeur de guitare. L’enseignement de Guital doit être très efficace et la progression de son élève très rapide, car ils ont donc opté pour former un duo, se produire sur scène et enregistrer. Les choses n’ont d’ailleurs pas traîné, et malgré le jeune âge de Kali, ils sortirent un album dès 2017, simplement appelé « Guital & Kali ». Et voici déjà le deuxième, intitulé « Guital & Kali and Friends – Live at Philéas Fogg », réalisé en public comme son titre le suggère. Le Philéas Fogg se trouve à Dax dans les Landes.

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À la Maison du Blues en février 2018. © : Daniel Léon

La première partie du CD privilégie le blues avec les classiques I Can’t Be Satisfied, Walking Blues, Dust My Broom et Boom Boom,auxquels on peut rattacher le Seven Days de Rory Gallagher, Kali étant une grande fan de l’Irlandais. En février 2017, j’avais passé deux jours fort sympathiques en leur compagnie à la Maison du Blues à Châtres-sur-Cher, et si Guital n’a plus à faire ses preuves, nul doute que Kali progresse. Et à cet âge-là, on progresse vite… Son jeu de slide inné est très convaincant, elle utilise son aisance et sa maîtrise pour passer de Muddy Waters à Elmore James, par exemple. Mais le changement se manifeste peut-être plus encore au chant : la diction et la prononciation évitent d’être trop scolaires, contrairement à certains qui cherchent à avoir un bon accent mais sont dès lors moins en place ou perdent en naturel. Et tout se fait toujours en complicité avec son partenaire, une autre qualité chez eux.

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À la Maison du Blues en février 2018. © : Daniel Léon

Pour revenir au disque, après The Road, une composition cosignée avec Neal Black, la deuxième partie est moins orientée blues avec notamment quatre reprises des Rolling Stones, dont You Can’t Always Get What You Want et Sympathy for the Devil, ce qui est quand même une preuve de bon goût. En outre, avec l’arrivée sur scène d’invités (Fred Chaudagne à la guitare, Xabi Fischer au piano, Nico Ubico au cajon, Lana et Noëlle aux chœurs, Thomas et Gaby aux percussions), la fin prend une tournure joyeuse, vivante et spontanée. Le duo nous offre donc deux facettes de son art avec un disque qui fait assurément une belle carte de visite ! Mais pour ma part pas d’originalité dans mon choix pour mon émission, avec une lecture de Dust My Broom, plus proche d’Elmore James que de Robert Johnson, mais ce n’est pas un défaut !