Article « Les temps du blues » – 3 jan 2019

Réédition semaine copie

Au programme de mon émission sur YouTube, Joe Hill Louis et Sam Phillips (rubrique « Un blues, un jour »), et Champion Jack Dupree (rubrique « Réédition de la semaine »).

Phillips 1
© : Tom Barber / scottymoore.net

En première partie d’émission, je reviens donc sur le 3 janvier 1950, soit la date d’ouverture d’un petit studio du nom de Memphis Recording Service, au 706 Union Avenue à Memphis, que l’on doit à un certain Sam Phillips (1923-2003). D’ailleurs, il s’agit quasiment d’un double anniversaire aujourd’hui, car Phillips est également né début janvier, le 5 pour être précis, en 1923. Originaire de Florence en Alabama, il est très vite au contact de la communauté afro-américaine : issu d’une famille pauvre, il cueille en effet le coton non loin des travailleurs noirs dans les champs. Il se dira ensuite très impressionné par leurs chants. Il trouvera rapidement d’autres inspirations, en découvrant Memphis à Beale Street, ou en exerçant comme animateur radio à Muscle Shoals. Ses diverses expériences de jeunesse expliquent sans doute son intérêt pour différents styles musicaux, le blues, le R&B, la country, le gospel et bien sûr le rock ‘n’ roll.

Phillips 3
© : Commons Wikimedia

Une fois installé à Memphis à partir de 1945, il va davantage développer ses activités musicales, jusqu’à fonder donc son premier studio début 1950. Phillips est évidemment surtout connu pour son label discographique Sun, qu’il fondera toutefois un peu plus tard, et sur lequel les premiers disques ne sortiront qu’en 1952. Dans son premier Memphis Recording Service, il va d’abord enregistrer pour diverses petites marques des représentants des styles évoqués plus haut. Lost John Hunter (le premier artiste enregistré par Phillips, sur 4 Star), l’homme-orchestre Joe Hill Louis (sur It’s Phillips) et l’inclassable Slim Rhodes entre R&B hawaiien et pré-rock (sur Gilt-Edge) signeront les faces inaugurales. Mais Phillips grave aussi des faces pour les labels RPM et Modern des frères Bihari, et toujours en 1950, Joe Hill Louis (encore), Big Walter Horton (alors appelé Mumbles), Willie Nix et Rosco Gordon, mais surtout B. B. King, sont également immortalisés par le producteur. L’année suivante, cette fois pour le compte de Chess, Rufus Thomas, les Evangelist Gospel Singers of Alabama, Harmonica Frank, Bob Price, Howlin’ Wolf, Doctor Ross, Billy « Red » Love viendront grossir les rangs. Sans oublier bien sûr Jackie Brenston et Ike Turner, auteurs de « Rocket 88 », souvent considéré comme le premier rock ‘n’ roll de l’histoire. Ce sera une révélation pour Phillips qui deviendra avec son studio puis son label le premier à enregistrer Elvis Presley et bien d’autres pionniers du rock, mais c’est une autre histoire…

Phillips 4
© : Discogs

De nos jours, le Memphis Studio Recording s’appelle Sun Studio, mais il est toujours opérationnel et n’a pas changé de lieu. Si vous allez à Memphis, vous accéderez aisément à la plus grande partie du bâtiment historique qui a été transformée en musée. C’est très facile à trouver : le studio se trouve à un petit kilomètre du centre de la ville à l’est, pratiquement dans le prolongement de Beale Street. Pour illustrer cela, j’ai choisi un morceau enregistré en 1950 par Phillips pour une de ses marques « ancêtres » de Sun, appelée It’s Phillips, sur un single rarissime tiré à seulement 300 exemplaires. Il s’agit de Joe Hill Louis, c’est bien râpeux et ça s’appelle Gotta Let You Go.

Phillips 5
© : Bear Family

Pour aller plus loin, c’est bien simple, il suffit de se procurer le coffret sorti en 2013 par Bear Family, « The Sun Blues Box – 1950-1958 », qui compte pas moins de 307 morceaux sur 10 CD, ainsi qu’un livre de 187 pages. On y retrouve notamment les enregistrements des premières années du Memphis Recording Service.

 

Dupree 1

Ma première réédition de la semaine de l’année porte sur un des pianistes les plus populaires de l’histoire du blues, en outre très connu en France car il a vécu plus de 30 ans en Europe. Champion Jack Dupree, né le 4 juillet 1910 à La Nouvelle-Orléans, est d’ailleurs décédé le 21 janvier 1992 en Allemagne, à l’âge de 81 ans. Il a fait l’objet il y a quelques mois d’une réédition dans la série « Rocks » (qui porte simplement son nom « Champion Jack Dupree ») de l’excellent label allemand Bear Family. La sélection compte 29 morceaux et couvre les années 1951-1958, une période très créative pour le pianiste-chanteur, qui met aussi en avant son style très abouti car il enregistrait déjà depuis plus de 10 ans, il a en effet débuté en 1940 pour OKeh. C’est très certainement la meilleure introduction à sa musique, et ça la rend indispensable pour tout amateur. Au début très influencé par le style enlevé de La Nouvelle-Orléans et même le boogie-woogie, Dupree s’en éloignera ensuite un peu, en intégrant à son répertoire de beaux blues lents, pour créer des ambiances bien à lui, notamment sur scène. Car s’il n’était ni le meilleur pianiste ni le meilleur chanteur du monde, il avait cette gouaille et cet humour qui faisaient son originalité. Il adorait communiquer avec le public et sa bonne humeur était réellement communicative, en particulier dans de petites salles, où il était parfaitement à l’aise. Avec lui, on était toujours sûr de passer un bon moment… Pour mon émission, j’ai pris un extrait dans un ambiance assez rurale car Dupree s’accompagne notamment de Sonny Terry et Brownie McGhee : ça date de 1953 et ça s’appelle Highway Blues.

Dupree 4
© : Sens Critique.

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