Article « Les temps du blues » – 5 jan 2019

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Au programme de mon émission sur YouTube, Tabby Thomas (rubrique « Un blues, un jour ») et Shakey Jake (rubrique « Sur scène »).

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© : Bear Family

Tabby Thomas fait assurément partie des personnages populaires du blues louisianais dont il fut un activiste infatigable à différents niveaux dès les années 1950. Né Ernest Joseph « Tabby » Thomas le 5 janvier 1929 à Baton Rouge, où il découvre le blues en écoutant la radio et surtout les disques de sa mère, il apprend d’abord le chant puis la guitare, sans oublier le piano qui viendra plus tard. C’est en Californie, où il fait son service militaire avant de rester quelque temps à San Francisco, qu’il débute toutefois sa carrière musicale, à l’issue d’un radio crochet qu’il remporte, ce qui lui permet d’engager ses premières faces dès 1952. Il retrouve ensuite la Louisiane et ne tarde pas à décrocher un nouveau contrat, d’autant qu’il a formé un groupe, les Mellow Mellow Men, avec lequel il signe deux titres dès 1953. Selon certaines sources, à prendre très au sérieux car Gérard Herzhaft en fait partie, le guitariste qui accompagne Thomas sur ces deux morceaux serait un adolescent de 17 ans du nom de Buddy Guy ! D’ailleurs, j’en profite pour signaler que Gérard Herzhaft propose sur son excellent blog Blue Eye une discographie détaillée des premières séances de Thomas couvrant la période 1952-1973, « Louisiana Swamp Music ».

 

Au tournant des années 1950 et 1960, il parvient à entrer chez Excello et réalise des faces dans un registre proche du Swamp Blues, avec des figures du genre dont Katie Webster et Lazy Lester. En 1963, Tabby Thomas devient le père de Chris Thomas King, bluesman mais également acteur, puis il crée en 1970 le label Blue Beat, avant d’ouvrir en 1978 son fameux club, le Tabby’s Blues Box, à Baton Rouge bien sûr. Je l’ai d’ailleurs appelé Tabby’s Blues Club par erreur dans mon émission et je m’en excuse.

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Deux ans plus tard, en 1980, il signe son premier album pour Blues Unlimited, « 25 Years With the Blues », avec notamment Stanley « Buckwheat » Dural au piano et Whispering Smith à l’harmonica. Tout en s’occupant de son club dont la réputation lui vaut la visite d’amateurs du monde entier, il sort une demi-douzaine d’albums, mes favoris étant « King of Swamp Blues » (Maison de Soul, 1988) et « Swamp Man Blues » (Aim, 1999). Les dernières années seront dures pour Tabby Thomas, gravement blessé en 2002 dans un accident de la route puis victime d’une attaque cardiaque en 2004, année qui voit également la fermeture de son club. Il nous a quittés le 1erjanvier 2014 à 85 ans. En 1961, il avait obtenu un succès mérité avec un titre enregistré pour Excello, Hoodo Party (avec Katie Webster et Lazy Lester), que j’ai retenu pour mon émission.

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© : popsike

 

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© : Discogs

Toujours dans ma série de titres en public marquants, il était inévitable que je m’arrête sur la tournée de l’American Folk Blues Festival, dont la première édition a eu lieu en 1962. Elle fut extrêmement importante historiquement, car la première en Europe entièrement consacrée au blues, qui permit au public non-américain de réellement découvrir cette musique, les éditions initiales des années 1960 intervenant en outre en pleine période dite du Blues Revival. Certes, avant, quelques bluesmen comme Lead Belly et Big Bill Broonzy étaient venus (en 1949 et 1951), mais c’était ponctuel et dans le cadre de tournées de jazzmen. On doit cette initiative à deux Allemands, Horst Lippman et Fritz Rau, qui fondèrent aussi le label L + R, d’après leurs initiales, et qui chargèrent Willie Dixon de mettre sur pied les plateaux. La tournée sera annuelle pendant 11 ans, de 1962 à 1972, puis elle s’interrompra, surtout du fait de la concurrence avec la multiplication de tels événements. Elle reprendra quand même de 1980 à 1985, sans obtenir le même succès, et en 2002, une tournée fut organisée pour les 40 ans de sa création, à laquelle participèrent des musiciens allemands mais aussi Hubert Sumlin, Carey Bell, Louisiana Red, Rusty Zinn et Bob Stroger (l’album vient seulement de sortir chez Black & Blue : « American Folk Blues Festival 2002 »).

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© : Records By Mail

Mais les premières années furent réellement formidables car pratiquement tous les meilleurs bluesmen de l’époque y participèrent à un moment ou un autre. Pour mon émission, j’aurais pu prendre bien des morceaux mais j’en ai choisi un qui date de la première tournée de 1962 et qui met en scène un excellent harmoniciste aujourd’hui un peu oublié, Shakey Jake, Hey Baby. Et pour se convaincre du niveau de cette première édition, il suffit de consulter la liste de ses accompagnateurs : Memphis Slim (p), T-Bone Walker (g), Willie Dixon (b) et Jump Jackson (dm) !

 

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© : Discogs

Au début des années 2000, Hip-O a sorti une série de trois DVD couvrant toutes les tournées des années 1960 : « American Folk Blues Festival 1962-1966 – Volume 1 »(2003), « American Folk Blues Festival 1962-1966 – Volume 2 »(2003) et « American Folk Blues Festival 1962-1969 – Volume 3 »(2004).

 

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© : Discogs

Il faut y ajouter la plus récente anthologie en trois CD Frémeaux & Associés « American Folk Blues Festival – Live In Paris 20 octobre 1962 », (2015) non seulement du même très haut niveau mais en outre entièrement inédite !

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