Article « Les temps du blues » – 1er fev 2019

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Au programme de mon émission sur YouTube, Johnny Woods (rubrique « Un blues, un jour »), et Muddy Gurdy (rubrique « En tournée »).

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© : Discogs

Comme je le dis en début d’émission, j’apprécie tout particulièrement Johnny Woods, qui nous a quittés le 1erfévrier 1990 à l’âge de 72 ans, il y a tout juste 29 ans. Bien qu’il soit relativement méconnu, ce chanteur et harmoniciste fait partie des pionniers du Hill Country Blues du nord du Mississippi, et il enregistrera d’ailleurs avec Mississippi Fred McDowell puis R. L. Burnside. Il faut dire que son jeu d’harmonica sans fioritures, direct et laissant plus de place à la rythmique plutôt qu’aux chorus, convenait parfaitement à ce courant. Johnny Woods est né le 19 novembre 1917 à Looxahoma dans le Mississippi, non loin de Senatobia aux portes du Delta, mais également à un jet de pierre d’Holly Springs et d’Oxford, les deux villes phares de cette région du Hill Country Blues. Cet autodidacte apprend notamment l’harmonica à l’écoute des chants de travail dans sa région natale, et s’il a fréquenté Mississippi Fred McDowell, comme lui il n’a rien enregistré avant ses 50 ans.

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© : Pinterest

En fait, il a été découvert en 1967 par le musicologue et folkloriste George Mitchell, qui eut d’ailleurs du mal à le dénicher. Mais quand il parvint enfin à mettre la main dessus, il l’enregistra donc la même année, avec McDowell justement. Les faces gravées par le duo, d’abord rassemblées sur l’album « Fred McDowell and Johnny Woods – Eight Years Ramblin’… » (Revival, 1971), d’une sauvagerie et d’une ferveur rares, font partie des plus belles du blues de cette époque, et par leur côté hypnotique et l’énergie qu’elles dégagent, elles s’inscrivent parmi celles qui posèrent les bases de ce que nous appelons aujourd’hui le Hill Country Blues. Elles seront rééditées en 2002 avec des inédits par le label Fat Possum sous le titre « Mama Says I’m Crazy ».

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© : Discogs

Mais Johnny Woods est un personnage instable et son alcoolisme chronique l’empêche de mener une carrière cohérente, et après la mort de McDowell en 1972, il ne signe sous son nom qu’une poignée de titres aujourd’hui disséminés sur des compilations. Puis il réapparaît au milieu des années 1980, et plus précisément en 1984 et 1986 pour des enregistrements aux Pays-Bas avec cette fois R. L. Burnside, qui seront également proposés en DVD (« R. L. Burnside with Johnny Woods », Aditi / Swingmaster, 2008), ce qui permet de voir Woods à l’œuvre. Puis il retombe dans l’anonymat et décède donc en 1990. Woods a peu enregistré mais tout ce qu’il a fait se caractérise par l’urgence et une incroyable intensité. Pour mon émission, j’ai pris un morceau de 1967 avec McDowell réalisé pour George Mitchell. C’est une reprise stupéfiante d’un standard de Ray Charles qu’ils passent littéralement à la moulinette, I Got a Woman.

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© : Discogs

 

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© : Hypnotic Wheels

Pour la rubrique « En tournée », j’aurai sans doute très rarement l’occasion d’évoquer des projets aussi originaux que Muddy Gurdy, qui va se produire cinq fois dans les six premiers jours de ce mois. Mais comme le veut la formule consacrée, commençons par le commencement. Muddy Gurdy, c’est à la fois le nom d’un album et d’un projet du groupe français Hypnotic Wheels, dont la composition n’est pas franchement habituelle dans notre univers. On retrouve en effet dans la formation Tia Gouttebel au chant et à la guitare, Gilles Chabenat à la vielle électroacoustique et Marc Glomeau aux chœurs et aux percussions dont la calebasse. Concernant la vielle, on parle bien de cet instrument dont les origines nous ramènent au Moyen Âge, à ma connaissance sans précédent dans le blues… Il y aussi un jeu de mots derrière le titre Muddy Gurdy, le terme anglais pour désigner la vielle étant hurdy gurdy ! Surtout ne riez pas à la lecture de ces lignes, leur album « Muddy Gurdy » sorti chez VizzTone est une réussite fracassante et leur vaut un énorme succès très mérité.

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À Holly Springs. © : Yannick Demaison.

D’autant que les membres de la formation ont poussé loin la démarche. Ils sont en effet allés s’immerger dans la région du Hill Country Blues du côté de Senatobia, Holly Springs et Como. Pour la petite histoire, le choix du titre de Woods et McDowell en première partie d’émission a aussi été enregistré là-bas, à Como : je précise toutefois que c’est une pure coïncidence et un hasard du calendrier, mais ça méritait d’être relevé et ça permet de comparer deux approches différentes à 50 ans de distance… Quant aux membres de Muddy Gurdy, ils ont pris le temps de s’imprégner de l’atmosphère de la région, ils ont rencontré les principaux musiciens du Hill Country Blues donc des descendants des familles Turner, Burnside et Kimbrough, mais aussi George Mitchell. Ils ont enregistré leur disque sur place, avec la participation de Cedric Burnside, Shardé Thomas, Pat Thomas et Cameron Kimbrough, tout en réalisant un petit film de 19 minutes racontant leur expérience, Muddy Gurdy, le film.

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© : Yann Cabello

C’est bien entendu très original et à voir absolument sur scène, il est donc temps de s’arrêter sur les dates de la tournée de Muddy Gurdy, toutes dans le cadre du festival des Nuits de l’Alligator qui se déroule partout en France du 31 janvier au 23 février : ce soir 1erfévrier au Rocher de Palmer à Cenon (33), le 2 au 106 à Rouen (76), le 3 à la Maroquinerie à Paris 20e, le 5 au Stéréolux à Nantes (44) et le 6 à l’Astrolabe à Orléans (45). J’ai bien sûr choisi pour mon émission un extrait de leur album, avec Cameron Kimbrough en invité, Gonna Love You.

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Avec Kenny Brown et Shardé Thomas (à droite). © : Yann Cabello.

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