Article « Les temps du blues » – 15 mars 2019

En tournée copie

Au programme de mon émission sur YouTube, Lightnin’ Hopkins (rubrique « Un blues, un jour »), et Leyla McCalla (rubrique « En tournée »).

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© : Arena Music

Le blues a ses maîtres, ses grands créateurs, ses figures majeures, ses monstres sacrés, les termes ne manquent pas. En revanche, le cercle est fermé. Mais Lightnin’ Hopkins, né le 15 mars 1912, il y a 107 ans, en fait assurément partie. Tout a été dit et écrit sur le personnage et je n’apporterai évidemment rien de nouveau. Mais il reste heureusement le plaisir de reparler d’un bluesman de cette stature qui nous a tant donné, et surtout qui continue de nous fasciner comme s’il était toujours là, comme s’il avait encore à offrir. On sait que le Texan est une des grandes voix du blues, je le mettrais dans le Top 3 si ça signifiait quelque chose, et que c’est un guitariste extraordinairement expressif. En revanche, et c’est sans doute une excellente chose, on ne sait pas vraiment pourquoi il nous touche au plus profond de l’âme.

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© : Kalamu

 

Ne cherchons donc pas davantage et contentons-nous de quelques grandes lignes biographiques et discographiques. Samuel John « Lightnin’ » Hopkins est donc originaire de Centerville au Texas. Après avoir perdu son père à l’âge de 3 ans, il est confronté très jeune (avant ses 10 ans) au blues dans son État natal, s’initiant aux sons de Blind Lemon Jefferson et de Texas Alexander. Après avoir débuté et tourné aux côtés de ce dernier, en particulier à Houston (les informations selon lesquelles il aurait séjourné en prison vers 1935 semblent erronées), il commence à voler de ses propres ailes au tournant des années 1930 et 1940. Hopkins est un indépendant, il n’aime pas le travail aux champs, et préfère gagner sa vie grâce au jeu et bien sûr à la musique. Bien qu’il ait un peu de mal à se fixer, son activité comme son talent attirent l’attention, et le 9 novembre 1946, il enregistre avec le pianiste Wilson « Thunder » Smith ses premières faces pour le label Aladdin. Jusqu’à la fin des années 1940, puis sur un rythme moins soutenu jusqu’en 1953, Hopkins grave une impressionnante série de singles (pour quelque 200 titres, même s’il enregistre plusieurs fois ceux qui marchent le mieux…) qui figurent parmi les chefs-d’œuvre du blues de l’après-guerre. Ses qualités déjà immenses citées plus haut prennent en outre toute leur force et leur dimension grâce à l’emploi de la guitare électrique. Car Hopkins, s’il puise son inspiration dans le blues rural le plus terrien, est également un guitariste hors pair et très moderne pour son époque.

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© : Amazon

Après une éclipse (du moins sur disque), il revient, et à partir des années 1960, il va justement plus souvent employer une guitare acoustique, essor du Blues Revival qui privilégie le folk blues oblige. Il y laissera un peu de puissance évocatrice, d’autant qu’il va enregistrer des dizaines d’albums (a priori plus que tout autre bluesman !) et inévitablement finir par se répéter. Mais ne nous méprenons pas : Lightnin’ Hopkins était l’incarnation idéale du blues, et il n’existe sans doute pas un disque dont il est l’auteur qui ne recèle pas quelques moments magiques. Il enregistrera d’ailleurs quasiment jusqu’à la fin et nous quittera le 30 janvier 1982 des suites d’un cancer de l’œsophage, à l’âge de 69 ans. Sa discographie à partir de 1960 est bien trop pléthorique pour opérer une sélection objective, mais pour ne pas multiplier les achats, je vous suggère le coffret « Eight Classic Albums » (Real Gone, 2014), qui comme son nom l’indique regroupe déjà 8 albums originaux : « Lightnin’ Hopkins », « Last Night Blues », « Mojo Hand », « Lightnin’ », « Walkin’ This Road By Myself », « Lightnin’ And Co », « Lightnin’ Strikes » et « Blues In My Bottle ». Quant à ses premières faces qui sont indispensables, on en retrouve le plus grand nombre dans la série « The Chronological » (Classics) en 5 volumes (1946-1948, 1948, 1948-1949, 1949-1950 et 1950-1951). Pour mon émission, j’ai pris sa version datée de 1960 du morceau Bring Me My Shotgun.

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© : Hi-Voltage Records

 

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© : Leyla McCalla

Parmi les tournées actuellement en cours en France, mais aussi dans les pays limitrophes que sont la Suisse et la Belgique, celle de Leyla McCalla devrait attirer les amateurs d’originalité et de variété artistique. Leyla, qui chante et joue notamment du violoncelle, de la guitare et du banjo, fut membre des Carolina Chocolate Drops, comme Rhiannon Giddens qui fit l’objet le 21 février 2019 d’une rubrique de mon émissionet d’un article sur ce site. Mais les deux jeunes femmes diffèrent beaucoup, ne serait-ce que par leurs origines. McCalla est en effet née à New York, elle vit en Louisiane tout en étant originaire d’Haïti, il lui arrive d’ailleurs de chanter en créole. Sa musique est aux frontières du blues, on pourrait presque parler de World Music, mais elle s’inspire des traditions folkloriques que nous connaissons et parfois du jazz.

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© : Leyla McCalla

Pour découvrir la richesse de la palette de Leyla, six dates se présentent en ce mois de mars : le 19 au Train Théâtre à Portes-lès-Valence, le 20 à l’Espace Vélodrome à Plan-les-Ouates en Suisse, le 21 à l’Espace Carpeaux à Courbevoie, le 22 au De Warande à Turnhout en Belgique, le 23 à l’AB Club à Bruxelles en Belgique et le 27 à la Cigale à Paris. J’ajoute que Leyla McCalla fait l’objet d’un article dans le numéro 234 de Soul Bag qui sort aujourd’hui, comme Julia Lee au programme de mon émission d’hier mais c’est pur hasard, et qu’elle vient de sortir un album chez Jazz Village qui s’appelle « Capitalist Blues ». Et je vous propose justement d’écouter dans mon émission le morceau qui donne son titre à l’album, absolument délicieux dans le plus pur style Dixieland, avec banjo et cuivres dont trompette et autre tuba…

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© : Amazon

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