Article « Les temps du blues » – 6 juin 2019

Réédition semaine copie

Au programme de mon émission sur YouTube, Calvin Leavy (rubrique « Un blues, un jour »), et Barbara Dane (rubrique « Réédition de la semaine »).

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© : Discogs

Je vous invite à passer un moment avec Calvin Leavy, qui nous a quittés le 6 juin 2010, il y a donc neuf ans. Le parcours de ce chanteur et guitariste de l’Arkansas s’est malheureusement mal terminé, nous le verrons plus loin. Calvin James Leavy est né à Scott, environ 20 kilomètres à l’est de Little Rock. Benjamin d’une fratrie de 15 enfants, il a débuté au chant à l’église avec un de ses nombreux frères, avant d’œuvrer dans des formations de gospel. Mais il s’oriente progressivement vers le blues, et au milieu des années 1950, il apparaît dans le groupe d’un autre frère, Hosea Leavy (1927-2008), qui fera lui aussi une carrière notable dans cette musique. À l’époque, Calvin Leavy joue de la basse, du piano et de la guitare, un instrument qu’il finira par privilégier.

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© : Pinterest

Après avoir vécu quelque temps quelque temps à Fresno en Californie, Calvin préfère revenir à Little Rock en 1967, où il grave ses premières faces la même année. L’année suivante, il s’inspire de l’histoire d’un autre de ses frères, emprisonné à la prison de Cummins, pour totalement réadapter une composition à l’origine de Bill Cole, Cummins Prison Farm. En 1970, un peu contre toute attente, à une époque où le blues est très peu représenté dans les charts, elle reste cinq semaines dans ceux de Billboard et atteint carrément la première place dans ceux de la station WDIA à Memphis, dont l’audience est très forte. On verra même Leavy faire la promotion en tenue de prisonnier, ce qui s’avérera prémonitoire… Il fera ensuite d’autres singles jusqu’en 1976 mais aucun album complet.

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© : Gérard Herzhaft / Blue Eye

Heureusement, sa discographie se trouve sur des compilations, Gérard Herzhaft proposant par exemple une quasi-intégrale sur son blog Blue Eye, « Complete Recordings ». Elle démontre combien c’était un superbe chanteur et guitariste, très expressif, souvent dans une veine soul blues. Mais son existence va basculer en 1991, quand il est arrêté, notamment pour trafic de drogue et corruption de fonctionnaire (policier). De très lourdes charges qui lui valent une condamnation à perpétuité, et pas n’importe où… à cette prison de Cummins qui fit un temps sa gloire ! Sa peine sera ramenée à 75 ans, ce qui ne changeait pas grand-chose, et Calvin Leavy mourra bien en prison le 6 juin 2010 à 70 ans… J’ai choisi sans surprise dans mon émission son Cummins Prison Farm.

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© : Discogs

 

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© : Jasmine

On ne pense pas toujours à Barbara Dane dans le cadre du blues. Mais Jasmine vient de lui consacrer une anthologie, « Trouble in Mind / Livin’ With the Blues », qui rassemble ses deux premiers albums complets (qui comprennent trois titres bonus), réalisés à l’origine en 1957 et 1959. Si on ne l’associe pas trop au blues, cela s’explique aussi paradoxalement à son incroyable éclectisme. En effet, cette magnifique chanteuse (par ailleurs également guitariste), une des meilleures de sa génération, se rattache aussi au jazz et à la folk music, peut-être le style dans lequel on la connaît le mieux, et donc au blues. C’est aussi une artiste engagée, une tête de liste des interprètes de protest songs, qui a notamment fustigé le nucléaire, la guerre au Vietnam et le capitalisme, tout en s’impliquant pour les droits civiques. Nous sommes donc bien face à une figure centrale de la musique populaire américaine du XXe siècle. Et peut-être du XXIe, car à 92 ans, elle n’a pas annoncé sa retraite…

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Photo de l’article pour Ebony, novembre 1959, avec Memphis Slim et Willie Dixon. © : Books Google

Née le 12 mai 1927 à Détroit, elle passera l’essentiel de son existence en Californie. Mais à la fin des années 1950, donc au moment de la sortie de ses deux premiers disques que Jasmine réédite, elle s’intéressait de près au blues. D’autant que les photos d’un article paru en novembre 1959 dans la revue Ebony la montrent en train de jammer, guitare en main, ou d’échanger dans des clubs de Chicago, avec des gens qui nous sont très familiers : Memphis Slim, Willie Dixon, Mama Yancey, Little Brother Montgomery et Muddy Waters, mais aussi la chanteuse de gospel Clara Ward. Sachant que les Blancs étaient alors quasiment absents des clubs de blues, ça prend tout son sens… Certes, sur les deux albums de l’anthologie, elle est accompagnée de musiciens de jazz, et même par l’orchestre d’Earl Hines sur le second, mais ce n’est guère étonnant car elle était alors influencée par le blues classique de Bessie Smith et consorts. Et vocalement, Barbara Dane a le blues en elle, c’est manifeste dès son premier disque de 1957 enregistré avec le pianiste Don Ewell, dont j’ai programmé un extrait dans mon émission, Ain’t Nobody Got the Blues.

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© : Steve Khan / France Musique

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