Retour sur l’œuvre de Cadillac Baby

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© : Soul Bag / Earwig Music Company.

Dans le cadre de la nouvelle formule de ce site, voici donc un premier article tiré d’une publication en ligne de Soul Bag. Il porte sur un personnage assez singulier et intéressant, Narvel Eatmon (1912 ou 1914-1991), mais on le connaît mieux sous le nom de Cadillac Baby, un pseudonyme qu’il doit évidemment à sa grande passion pour les Cadillac. Ouvrons d’ailleurs une parenthèse pour rappeler que la célèbre marque automobile a été lancée en 1902 à Détroit, en hommage à Antoine de Lamothe-Cadillac (1658-1730), fondateur de la ville quelque deux siècles plus tôt, en 1701… Mais revenons à Cadillac Baby, qui vient de Cayuga, Mississippi, une trentaine de kilomètres au sud-est de Vicksburg, mais il s’installa à Chicago au milieu des années 1930. Durant la décennie suivante, avec sa femme Bea, il trouva petit à petit sa place dans une industrie musicale spécialisée dominée par d’importants labels comme Chess.

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Vers 1955. © : Earwig Music Company.

Il décida toutefois de fonder son label Bea & Baby en 1959 (même s’il citait souvent 1955 comme année de création), au moment où le blues marquait le pas face à la concurrence d’autres genres musicaux. Dès lors, Cadillac Baby, tout en donnant la priorité au blues, va élargir son catalogue à ces différents genres, et profiter en quelque sorte de cette effervescence à une époque charnière où Chicago développait également une scène de premier ordre dans les secteurs de la soul et du gospel. Parallèlement, outre son label, Cadillac fut vendeur de bonbons, agent, disquaire ou encore gérant de club, et Bea & Baby cessa ses activités en 1974. Son propriétaire ne se retira pas complètement des affaires, mais un incendie en 1978 détruisit en grande partie ses locaux. Michael Frank, longtemps harmoniciste de l’inoubliable Honeyboy Edwards, mais également producteur et fondateur du label Earwig, a collaboré avec Cadillac Baby avant de racheter les droits de la marque, et il nous soumet un coffret de quatre CD qui donne un parfait panorama du catalogue Bea & Baby.

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Eddie Boyd. © : Earwig Music Company.

Dans ma chronique à paraître dans le prochain numéro de Soul Bag, j’ai attribué la meilleure note (5 étoiles ou « Le pied ») à ce coffret qui sort ce 16 août 2019, et je vous propose ci-dessous mon texte également publié ce jour sur le site de la revue. J’y ajoute deux vidéos YouTube dont les morceaux proviennent bien sûr de cette rétrospective.

– Hound Dog Taylor (1917-1975),

My baby is coming home. Ce titre de 1960 est tout simplement le premier enregistré par le génial chanteur et guitariste slide… Comme on peut le constater, tout est déjà bien en place. © : blues4sale / YouTube.

 

– Arlean Brown (1924-1981), I love my man et Hello Baby. Son prénom semble en fait s’orthographier Arelean. Cette chanteuse à la voix pleine de gouaille fut notamment active dans les années 1970. Sur ces deux morceaux, elle est accompagnée d’un groupe comprenant l’harmoniciste Little Mack Simmons. © : JimiKWray2 / YouTube.

Cadillac Baby’s Bea & Baby Records – The Definitive Collection (Earwig Music Company)
© : Daniel Léon / Soul Bag

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Earl Hooker. © : Earwig Music Company.

De 1959 à 1974, Cadillac Baby, de son vrai nom Narvel Eatmon (1912-1991), fut une figure de la musique populaire à Chicago, comme gérant de club et producteur avec son label Bea & Baby. En cette période dominée par le rock et la pop, il enregistra des artistes de blues, R&B, doo-wop, rock ‘n’ roll, soul, gospel, pop… Cette impressionnante rétrospective compte 4 CD totalisant très exactement 100 morceaux, dont cinq extraits d’interviews de Cadillac Baby. Extrêmement abouti, le livret illustré de 130 pages propose une iconographie riche et variée (artistes et groupes, mais aussi documents dont commandes, factures, contrats, reçus, listes de diffusions radiophoniques…) qui nous plonge véritablement dans le quotidien du label et de ses acteurs. Côté textes, on trouve un portrait de Cadillac Baby signé Jim O’Neal, publié à l’origine en 1971 dans Living Blues. Bill Dahl se charge des biographies des artistes, laissant toutefois à Robert Marovich le gospel. Enfin, Michael Frank, qui fonda le label Earwig et collabora durant trois ans avec Cadillac Baby avant de racheter son catalogue à sa veuve en 2006, évoque le projet dont il est à l’origine.

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En 1971. © : Earwig Music Company.

D’une manière générale, le blues prédomine avec des leaders de grande valeur dont Eddie Boyd, L.C. McKinley, Earl Hooker, Little Mack Simmons, Detroit Junior, Hound Dog Taylor, Sunnyland Slim, James Cotton, Homesick James, Andrew “Blueblood” MacMahon, Sleepy John Estes & Hammie Nixon. Et les accompagnateurs ne sont pas des faire-valoir : Robert Lockwood, Jr., Red Holloway, Eddie King, Lacy Gibson, Jump Jackson, Johnnie Jones, J.T. Brown, Eddie Taylor, Hubert Sumlin, Carey Bell, Fred Below, Bobby King… Le chanteur et harmoniciste Little Mack Simmons se distingue dans cette assemblée, très présent sous son nom ou divers pseudonymes (St. Louis Mac, Little Mac et Little Mac & The Hipps), sur de nombreux blues mais aussi aux frontières du doo-wop, du R&B et de la soul au sein d’un groupe très bluesy ou avec The Chances, voire du rock à la Chuck Berry avec T. Valentine. Il s’agit bien entendu de titres rares, au mieux disséminés sur diverses compilations.

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© : Earwig Music Company.

Le reste de la sélection met en scène des artistes moins connus dont les Daylighters, Bobby Saxton, Phil Sampson, Singing Sam, Lee Jackson, Andre Williams, Kirk Taylor and The Velvets, Tall Paul Hankins, Willie Hudson, Clyde Lasley, Arlean Brown, Willie Williams, et même un Unknown Blues Band ! Enfin, le quatrième CD compte dix titres de gospel, ceux d’Eddie Dean & The Biblical-Airs et des Pilgrim Harmonizers m’ayant particulièrement impressionné… Beaucoup de belles surprises et de découvertes en tout cas, pour une anthologie qui offre un panorama excitant de la scène variée du Chicago d’alors, et qui rend parfaitement hommage à cette Great Black Music qui nous porte. Il était temps de s’attarder sur l’œuvre de Cadillac Baby, le premier convaincu de la qualité de son produit. Laissons-lui d’ailleurs le dernier mot avec l’extrait de sa dernière interview qui ponctue le quatrième CD : « I think everyone in the world should get this record […], this is real life, real history, blues, blues, blues is my soul… »

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