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Les disques de l’année 2021, # 5

Les disques de l’année 2021, # 5
© : Soul Bag.

En cette fin d’année, je poursuis ma rubrique hebdomadaire consacrée aux disques qui ont selon moi marqué l’année 2021. Pour ce cinquième volet, je m’arrête sur un bluesman désormais incontournable, le jeune chanteur et guitariste Christone « Kingfish » Ingram. À quatorze ans, le jeune prodige a les honneurs de la Maison Blanche où il est reçu par Michelle Obama. Début 2015, à seize ans, il impressionne lors d’une date unique en Europe (lors du festival d’Angoulême), me permettant d’être le premier à l’interviewer sur le Vieux Continent. Quatre ans plus tard, il sort chez Alligator son premier album, « Fresh Out », avec des invités prestigieux dont Buddy Guy et Keb’ Mo’. Il confirme alors tous les espoirs mis en lui en raflant cinq Blues Music Awards dont celui du meilleur album de l’année. Cette année, il a sorti son deuxième album, toujours chez Alligator, « 662 » (le code téléphonique du Delta !), sur lequel il vole de ses propres ailes, sans invités notoires. C’est bien sûr mon choix aujourd’hui. Un disque nommé pour les prochains Grammy Awards, dans la catégorie du meilleur de blues contemporain… Le blues de Kingfish est moderne, à la limite du blues rock mais notre époque veut ça, mais sa maturité vocale et sa maîtrise instrumentale à seulement vingt-deux ans, et surtout sa marge de progression, permettent de croire qu’il est à l’aube d’une grande carrière. En outre, Kingfish reste attaché à ses origines, car il vit toujours dans sa ville natale, Clarksdale, en plein cœur du Delta. Je vous propose bien sûr un extrait de son album, le blues lent Your time is gonna come, et ci-dessous le texte de ma chronique publiée dans le numéro 244 de Soul Bag, qui comprend aussi un long article sur Kingfish.

CHRISTONE « KINGFISH » INGRAM
662
Un an après une consécration sous la forme de cinq Blues Music Awards pour son premier album, Kingfish remet donc le couvert, toujours chez Alligator. Mais attention, il ne s’endort pas sur ses lauriers en signant une copie conforme. Pour commencer, exit les invités prestigieux comme Buddy Guy et Keb’ Mo’, le jeune homme de seulement 22 ans estime qu’il peut désormais s’en passer. Et il voit juste ! Dès l’ouverture, la chanson-titre 662, on sent pleinement l’énergie, la voix qui a gagné en maturité, et côté textes une envie de rester fidèle à ses origines. Car, faut-il le préciser, Kingfish vit toujours à Clarksdale et 662 n’est autre que le code téléphonique du Delta… Certes, on ressent aussi une puissance à la guitare qui va jusqu’à flirter avec le blues rock (She calls me KingfishLong distance womanNot gonna lie), mais notre temps veut ça et on ne s’écarte jamais de l’idiome blues. Il sait aussi s’assagir avec Another life goes by, plus apaisé et qui n’est pas sans rappeler Albert King, sur le plus funky Too young remember (évocation des juke joints, de la route…), enfin sur deux ballades acoustiques, You’re already gone, et, malgré son titre, Rock & roll. Il s’essaie même au soul blues sur That all it takes, ce que sa voix plus affirmée lui permet. Les shuffles My badThat’s what you do et Something in the dirt, ainsi que le blues lent Your time is gonna come, sont impressionnants. En outre, il s’associe à nouveau à Tom Hambridge pour l’écriture de ses textes, une autre garantie de pertinence. Un ensemble dense, percutant et efficace qui démontre que Kingfish est déjà à la pointe du blues moderne de son époque. Avec une marge de progression significative…

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