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Buddy Guy s’installe à Marie-Galante !

Buddy Guy s’installe à Marie-Galante !

Le titre de couverture du numéro 245 de Soul Bag (daté janvier-février-mars 2022) était des plus explicites : « Buddy Guy, le dernier géant ». Nous devons le reconnaître, depuis la disparition de B.B. King en 2015, Buddy, dont la carrière débutée en 1957 couvre désormais plus de six décennies, est le dernier bluesman majeur de sa génération. Le dernier représentant de l’âge d’or du blues, créateur du West Side Sound à Chicago, qu’un Eric Clapton n’hésitera pas à qualifier de « meilleur guitariste de tous les temps ». Mais Buddy Guy aura quatre-vingt-six ans le 30 juillet prochain. Et, bien qu’il soit toujours en possession de ses extraordinaires moyens et qu’il n’envisage pas d’arrêter la musique, il aspire à une fin de vie plus tranquille, plus sereine…

La couverture du numéro 245 de Soul Bag. © : Soul Bag.

Le secret a été bien gardé mais les événements vont se précipiter et je ne peux les garder davantage sous silence. L’été dernier, Buddy m’a appelé, pour me dire : « Tu sais, Deuniel (il n’a jamais été fichu de prononcer correctement mon prénom !), je me fais vieux. J’adore toujours jouer le blues, mais j’en ai assez du bruit de la ville, des embouteillages, du froid l’hiver, j’aimerais vivre autre chose, pendant qu’il est encore temps… » Devant ces propos quasi dépressifs, je l’ai simplement invité à passer quelques vacances chez moi à Marie-Galante. Début août il est venu, simplement, seul, incognito, sans même une guitare, juste avec un grand sourire comme bagage. Durant dix jours, nous avons fait le tour de l’île, nous avons rencontré des locaux. On a quand même écouté du blues, on a parlé de sa carrière, de son club, le Legends. Puis il est reparti, comme il était venu.

Buddy Guy dans sa nouvelle maison. © : Soul Bag.

Deux mois plus tard, il est revenu, dans les mêmes conditions, et au bout d’une semaine, il m’a dit : « OK Deuniel, tu me trouves une baraque dans ton coin et je l’achète… » Je n’en croyais pas mes oreilles. J’ai essayé de l’en dissuader, en lui expliquant qu’il n’avait rien à faire sur cette petite île des Antilles, que cela signifiait l’arrêt brutal et définitif de sa carrière. Puis j’ai cru à un caprice de star : il voulait simplement s’acheter une maison dans les Antilles où il passerait une semaine par an. Il a éclaté de rire : « Mais non, je veux vivre ici mes dernières années ! Et continuer à jouer mon blues, mais sans pression ! » Buddy Guy, jouer du blues à Marie-Galante ? Mais pour qui ? Avec qui ? Certes, je l’avais discrètement emmené à des concerts dans des bars-restaurants locaux, chez Henri à Saint-Louis, chez Gino à Grand Bourg, au Dantana à Capesterre… Mais ce n’était pas pour lui… « Justement, tu te trompes Deuniel, je veux jouer dans ces petits clubs, être au contact des gens, sur la plage au soleil. Chez moi, la mer, c’est le lac Michigan, mais l’hiver il fait tellement froid que les vagues gèlent… Alors trouve-moi cette maison ! » Et il est reparti le lendemain.

La nouvelle maison de Buddy Guy à Capesterre-de-Marie-Galante. © : Daniel Léon.

Je ne suis pas agent immobilier mais j’ai frappé aux portes de mes connaissances. Et j’ai fini par dénicher une petite maison à vendre à Capesterre-de-Marie-Galante, sur les hauteurs, en un lieu appelé Marécage. J’ai envoyé des photos à Buddy, convaincu qu’il trouverait la maison trop petite. Il m’a immédiatement appelé, me demandant un tas de renseignements, et surtout si c’était un coin tranquille. La semaine suivante, c’était début décembre, il débarquait une nouvelle fois. Le lieu, au terminus d’une route encadrée de champs de canne à sucre, l’a d’emblée séduit, à mon plus grand étonnement : « Eh bien, Deuniel, elle n’est pas si petite que ça ta maison, et en l’aménageant, je pourrai même y ouvrir un club de blues… » Et, le croirez-vous, il a acheté la maison qu’il a payée cash !

Phil Zetwang et Jean-Yves Astier saluant Buddy Guy au Dantana. © : Daniel Léon.

Buddy Guy est ensuite rentré à Chicago où il a en quelque sorte expédié ses affaires courantes. En février, il a envoyé par cargo de quoi emménager dans sa nouvelle maison, et tout était en place le 20 mars. Bien sûr, il m’a sollicité : « Deuniel, je crois qu’il va falloir dire aux gens que je suis là. Comme je ne sais faire que du blues, ce serait bien que je donne un ou deux concerts annonçant mon arrivée, mais il faut que tu me trouves un lieu, j’aime bien ce resto où tu m’avais emmené à Capesterre, et aussi des musiciens… » Il parlait du Dantana. Pour les musiciens, j’avais mon idée, mais conviendraient-ils à Buddy ? Nous avons mis les bouchées doubles, et après quelques répétitions, Buddy s’est dit ravi de ses accompagnateurs, ce qui nous a permis de monter un programme. Je suis donc en mesure de vous annoncer en exclusivité que Buddy Guy se produira au Dantana Café à Capesterre-de-Marie-Galante vendredi 22 avril 2022 à 20 heures, puis le samedi 23 avril à 13 heures et à 18 heures. Pour ces trois prestations exceptionnelles, il se produira en trio, accompagné de Jean-Yves Astier à l’harmonica et de Phil Zetwang à la seconde guitare. Ces concerts étant gratuits, la réservation est vivement conseillée.

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