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Mémoire de blues : la Floride, aux origines de l’esclavage

Mémoire de blues : la Floride, aux origines de l’esclavage

D’anciens esclaves cueillent du coton en Floride, années 1890. © : States Archives of Florida.

Comme un index géant, elle pointe son doigt sur Cuba, à seulement 250 kilomètres au sud. La péninsule qui forme l’essentiel de la Floride marque aussi le point le plus au sud des États-Unis. Également prolongement de la célèbre Côte Est, l’État se destinait tout particulièrement à la colonisation sous sa forme la plus vile, l’esclavage. Nous le savons, le premier navire d’esclaves africains, le White Lion, a touché en août 1619 les côtes de l’Amérique du Nord non loin de Jamestown dans l’actuel État de Virginie (lire mon article du 21 août 2019). Cette date marque le début d’une traite transatlantique systématisée qui durera pratiquement deux siècles et demi, jusqu’à l’abolition prononcée aux États-Unis à l’issue de la guerre de Sécession, en 1865.

Affiche de vente d’esclaves du 27 mai 1842, Tallahassee, Floride. © : Dunn History.

Ceci dit, la colonisation des futurs États-Unis commença dès le début du XVIe siècle, avec des faits certes ponctuels mais annonciateurs de l’une des pires ignominies de l’histoire humaine. Et la Floride tient une place particulière dans cette triste histoire… Elle commence en 1522 avec Estevanico (vers 1500-1539), un Marocain réduit en esclavage par les Portugais, qui occupent alors la région et qui le vendent aux Espagnols. Lors d’un voyage qui cherche à explorer le Nouveau Monde, Estevanico se retrouve à Cuba. En février 1528, l’explorateur Panfilo de Narvaez met sur pied une expédition qui a pour but de se rendre au Mexique alors très convoité par les conquistadores. Estevanico en est, mais les conditions de mer sont mauvaises.

Aunt Memory Adams, née esclave, vendue à vingt-quatre ans pour 800 dollars à Tallahassee, Floride. © : Florida State Archives.

La flotte de Narvaez n’a pas le choix et accoste à l’emplacement de l’actuelle St. Petersburg, sur la côte occidentale de la future Floride. Estevanico devient ainsi le premier esclave d’origine africaine à prendre pied sur le sol de l’Amérique du Nord. Malheureusement, la Floride restera longtemps parmi les États les plus esclavagistes. Toutefois, dès la fin du XVIIe siècle, des esclaves de Floride, alors sous contrôle espagnol, commencent à s’émanciper et fuir, et dans les années 1730 ils parvinrent même à établir la première colonie d’esclaves libres du pays. Ce sera de courte durée. Aux mains des Anglais puis des Américains, la Floride a rejoint l’Union en 1821, époque à laquelle l’État n’était pas quasiment pas habité par des Blancs. Mais, bien que rares, les propriétaires blancs possèdent de grandes plantations (200 hectares et plus) sur lesquelles ils emploient de nombreux esclaves. Après l’abolition de l’esclavage en 1865, la Floride remplacera l’esclavage par la ségrégation et le métayage, s’inscrivant dans une tendance propre aux États du sud-est des States.

Pour approfondir la question, je vous recommande la lecture de San Miguel De Gualdape: The Failed 1526 Settlement Attempt and the First Freed Africans in America, par Guy E. Cameron (autoédition, 2015), et de Slavery in Florida – Territorial Days to Emancipation (University Press of Florida, 2009).

© : Discogs.

La Floride nous laisse quelques bluesmen notoires. Ainsi le pianiste et chanteur Charles Segar, originaire de Pensacola, auteur de seulement huit chansons entre 1934 et 1940, dont le très fameux Key to the highway du 23 février 1940, qui deviendra un classique.

Tampa Red. © : Discogs.

Mais le bluesman le plus célèbre du Sunshine State est assurément Hudson Woodbridge (ou Whittaker) alias Tampa Red, natif de Géorgie mais qui grandit à Tampa en Floride. Surnommé The Guitar Wizard (le magicien de la guitare), cet artiste très prolifique nous laisse de nombreux standards du blues à la guitare slide, dont l’inoubliable It hurts me too, qu’il grava le 10 mai 1940.

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