Il y a 400 ans, début de la déportation des esclaves africains vers l’Amérique

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© : Hampton VA 2019 Commemorative Commission.

Difficile de déterminer le jour exact d’arrivée du premier bateau transportant des esclaves africains sur le territoire des futurs États-Unis. On sait seulement que c’était fin août 1619, probablement vers le 20 du mois. La nationalité du navire fut également à l’origine de confusions. On pensa d’abord qu’il venait des actuels Pays-Bas car il battait pavillon néerlandais, mais le White Lion – c’est son nom – était un vaisseau corsaire anglais ! Avec un autre navire anglais, le Treasurer, il aborda en juillet 1619 le San Juan Bautista, un navire portugais transportant 350 esclaves angolais et se rendant à Veracruz, une colonie espagnole aujourd’hui au Mexique. Le White Lion repartit avec vingt à trente esclaves à son bord, pour toucher terre vers le 20 août 1619 à Point Comfort en Virginie – alors colonie britannique – au niveau de l’actuelle Hampton à l’embouchure de la James River, au sud-est de Jamestown. Les esclaves furent échangés contre de la nourriture…

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Une illustration de la bataille opposant le San Juan Bautista (au centre) au Treasurer et au White Lion. © : Landmark Events.

Ainsi démarra une des pires ignominies de l’histoire de l’humanité, et je me garderai bien de prétendre apporter de nouveaux éléments. Je ne m’attarderai pas davantage sur certaines études, d’autant qu’elles sont très sérieuses et bien documentées, qui nous rappellent que la venue des premiers esclaves africains est bien antérieure. Je pense notamment à 1526, année qui vit des colons espagnols menés par Lucas Vazquez de Ayllon s’installer à San Miguel de Gualdape, aujourd’hui en Caroline du Sud. Mais les esclaves étaient alors au service des colons eux-mêmes, et cette colonie, certes la première créée par des Européens aux futurs États-Unis, ne dura que quatre mois, ses membres étant décimés par les maladies et les Indiens… Et ces incursions pionnières, comme d’autres dans les années 1560 et 1570, s’assimilent davantage à des actions ponctuelles, contrairement à l’arrivée du White Lion en Virginie, véritable point de départ d’une traite négrière organisée qui verra la déportation de plusieurs millions d’Africains vers les Amériques.

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Peinture illustrant l’arrivée des esclaves en 1619. © : National Park Service / Sydney King.

Et au-delà de toutes les expertises, nous avons surtout un devoir de mémoire et l’obligation de ne pas oublier, et cet événement du mois d’août 1619 constitue un repère qui nous permet d’assumer ce devoir et cette obligation. Il m’est en outre facile de jeter un pont entre cette phase de l’histoire et la culture musicale qui reste au cœur de mes préoccupations sur ce site. Nous le savons, pour d’évidentes raisons géographiques, les premiers navires d’esclaves africains touchèrent d’abord essentiellement un territoire qui comprend aujourd’hui quatre États de la côte est des USA, soit du nord au sud la Virginie, la Caroline du Nord, la Caroline du Sud et la Géorgie. Or, de nos jours, plus particulièrement dans ces deux derniers États, vivent des Afro-Américains que l’on appelle les Gullah. Non seulement ces populations descendent des premiers esclaves arrivés au XVIIe siècle, mais leurs traditions restent très ancrées en Afrique et ils parlent leur propre créole.

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© : Amazon.

Le groupe Ranky Tanky incarne très bien la tradition musicale des Gullah. Initialement formés au jazz, Quiana Parler (chant), Clay Ross (guitare, chant), Charlton Singleton (trompette, chant), Kevin Hamilton (basse) et Quentin Baxter (batterie, percussions) viennent de sortir en moins d’un an deux magnifiques albums pour Resilience Music Alliance, « Ranky Tanky » et « Good Time ». Or, il se trouve que j’ai eu la chance de chroniquer ces deux disques pour Soul Bag, le premier dans le numéro 233, et le second dans le numéro 236 à paraître mi-septembre.Deux CD que je vous conseille vivement, car ils sont remarquables au niveau de la variété, des arrangements, des harmonies, de l’interprétation et bien sûr des textes qui évoquent souvent les pires heures de l’esclavage. Pour illustrer cela, je vous propose ci-dessous deux morceaux de ces albums, Sink em low (extrait de « Ranky Tanky ») et Good time (tiré de « Good Time »). Pour ces deux vidéos, © : Ranky Tanky.

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