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Lefty Bates, mort un 7 avril

Lefty Bates, mort un 7 avril

© : Rock and Roll Stories.

Quitte à surprendre, j’ai envie d’écrire que Lefty Bates fait partie de ces artistes connus mais que l’on ne connaît pas si bien que cela. Comme une montagne dont une face est toujours baignée de soleil et l’autre perpétuellement plongée dans l’ombre. Car on sait que ce guitariste gaucher figure parmi les musiciens les plus demandés à Chicago dans les années 1950 et 1960. Et que son nom apparaît lors d’innombrables sessions, qui ne concernent pas seulement le blues, mais aussi le R&B et le jazz. Si on s’en tient d’ailleurs au blues, on constate qu’il a collaboré avec quelques maîtres du genre, dont Tampa Red, Pee Wee Crayton, Jimmy Reed, John Lee Hooker et Sunnyland Slim. Mais que sait-on de l’ensemble du parcours de ce musicien précoce ? J’ai juste envie de m’attarder un peu sur la face cachée de Bates… Né William H. Bates le 9 mars 1920 à Leighton, Alabama, il grandit toutefois à Saint-Louis, Missouri, où il apprend la clarinette, le piano et la guitare. Très vite intéressé par le jazz, il forme encore adolescent avec Tommy Powell son premier groupe, les Hi De Ho Boys. Toute la formation décide alors de s’installer à Chicago en 1936 et grave un single pour Decca le 4 octobre. Lefty Bates, qui fait partie du groupe, enregistre donc pour la première fois à seize ans. Un deuxième single suit le 18 novembre 1936.

Le disque du premier titre enregistré par le groupe de Bates, le 4 octobre 1936. © : Rate Your Music.

Ces titres sont dans une veine jazzy, et les Hi De Ho Boys se produisent alors régulièrement au club DeLisa, mais Bates est appelé sous les drapeaux. Il réapparaît après la Seconde Guerre mondiale au sein des Aristo-Kats et enregistre avec eux en 1946 et 1947. Dès le premier titre, l’instrumental Boogie in « C », il démontre toute son aisance à la guitare, toujours avec une musique pleine de swing. On le retrouve très actif dans la première moitié des années 1950, signant de multiples faces avec d’autres formations de jazz, en particulier celle d’Al Smith avec Red Holloway, mais aussi de R&B et de doo-wop. Et comme Bates semble savoir tout jouer, il s’invite peu à peu dans le monde du blues. Ainsi, le 4 janvier 1953, il enregistre avec le trio d’un certain Jimmy Eager (qui n’est autre que Tampa Red !), puis aux côtés de Sunnyland Slim en 1955 et de Pee Wee Crayton en 1956.

Les Aristo-Kats en 1946, avec Bates à gauche. © : Sunday Blues.

Entre-temps, en 1955, Bates grave également ses premières faces. D’autres suivront jusqu’en 1959 (une vingtaine, voir l’intégrale « Blues Guitar Masters Vol. 3 : Lefty Bates » rassemblée par Gérard Herzhaft), au sein de son petit combo qui comprend souvent Quinn Wilson à la basse et Horace Palm au piano. Mais Bates, qui s’impose alors en guitariste « maison » du label Vee Jay, accompagne de plus en plus de bluesmen (avec aussi une parenthèse gospel et les Five Blind Boys of Mississippi) : outre ceux déjà cités, Little Junior Parker, Arbee Stidham, Syl Johnson, puis, à partir de 1959, Jimmy Reed, notamment sur Baby what you want me to do, et dès l’année suivante John Lee Hooker sur son album « Travelin’ ». Il rejouera avec Hooker, mais c’est surtout sa participation à la plupart des grands succès de Reed qui l’installera parmi les guitaristes essentiels de studio du Chicago Blues des années 1960.

Bates entouré des Ink Spots, probablement à la fin des années 1980. © : The Ink Spots Evolution.

Le 24 octobre 1969, le nom de Lefty Bates figure lors d’une séance du pianiste et chanteur Willie Mabon. Il n’enregistrera plus sous son nom, mais il collaborera avec les Ink Spots jusqu’en 1991. Dommage que nul ne lui ait donné sa chance quand on sait le rôle joué par ce grand musicien. Ses dernières années furent tristes. Victime de la maladie d’Alzheimer et d’artériosclérose, Lefty Bates s’est donc éteint le 7 avril 2007 à l’âge de quatre-vingt-sept ans. Il mérite bien que l’on écoute quelques chansons qui le mettent en scène. Commençons par son premier titre du 4 octobre 1936 avec les Hi De Ho Boys, That cat is high. Cette version méconnue (pourtant originale !) sera d’autant plus vite oubliée qu’elle sera popularisée en 1938 par les Ink Spots… Retrouvons-le dix ans plus tard avec les Aristo-Kats sur le fameux instrumental Boogie in « C », et en 1958 sur Am I blues, un titre réalisé sous son nom. Enfin, je vous propose de l’écouter en 1960 sur l’inoubliable Big boss man de Jimmy Reed (avec également Willie Dixon à la basse).

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