Article « Les temps du blues » – 17 mars 2019

Les temps du gospel copie

Au programme de mon émission sur YouTube, Bo Carter (rubrique « Un blues, un jour »), et la Mississippi Mass Choir(rubrique « Les temps du gospel »).

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© : The Art of Manliness

Comme je l’explique dans mon émission, le choix du thème du jour m’est venu par hasard. Alors que je cherchais une référence sur un collecteur de folklore actif au XIXe siècle, Lafcadio Hearn (1850-1904), dans le livre The Story of the Blues de Paul Oliver, je suis tombé sur l’extrait d’un vieil air traditionnel, appelé Limber Jim. À peine quatre lignes qui disaient notamment qu’un Noir et un Blanc étaient engagés dans une partie de Seven Up. Sans entrer dans le détail et de façon vraiment très schématique, c’est un jeu de cartes dans lequel on découvre tour à tour et progressivement des cartes de différentes valeurs, que l’on choisit de jouer ou non, le gagnant étant le premier à marquer 7 points. L’extrait du livre se résumait à cela : le Blanc découvrit un as, soit évidemment une carte forte, mais le Noir n’osa pas la prendre, contrairement au Blanc qui la joua. Ensuite, le Noir eut un 9, une carte de moindre valeur, et perdit donc le pli. Mais la chanson conclut en disant qu’à la suite de cela, le Blanc est mort et que le Noir est devenu aveugle…

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Lafcadio Hearn. © : Alchetron

En trouvant l’origine de cette chanson, j’appris que sa première reproduction écrite, que l’on doit donc à Lafcadio Hearn, daterait du 17 mars 1877. Comme nous sommes le 17 mars 2019, voici l’explication de mon choix ! En outre, Oliver développe le sujet dans son livre en précisant que l’on retrouvera ensuite de tels chants dans les textes de bluesmen ruraux. J’ai dès lors encore davantage fouiné, pour effectivement retrouver des choses sur le Seven Up, par exemple chez Julius Daniels, que j’évoque dans mon émission et dans un article le 19 février 2019 (mais sur un autre thème), ou encore chez le chanteur et guitariste Bo Carter. Mais il faut avouer qu’au fil du temps le propos d’origine sera déformé, et parfois au profit de métaphores plutôt inattendues, notamment de la part de Bo Carter, qui s’appelait en réalité Chatmon et fit d’abord partie des fameux Mississippi Sheiks (mon émission et mon article du 2 février 2019).

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© : Pinterest

Mais dès les années 1930, Carter va en quelque sorte élargir son registre et se distinguer avec des chansons particulièrement salaces. On appelle ça le Dirty Blues et nous avons déjà eu l’occasion d’en parler, ce style était particulièrement prisé du public noir et Carter eut beaucoup de succès… J’ai ainsi choisi une composition de Carter enregistrée le 15 octobre 1936, joliment intitulée Pussy Cat Blues. Il est inutile de tourner autour du pot, le terme pussydésigne le sexe féminin… Mais Carter détourne le propos original évoqué plus haut, car dans sa chanson, disons en étant « soft » que pour lui jouer au Seven Up s’assimile à la quête du minou… Une dernière précision avant de conclure : en 1931, Bo Carter avait gravé une chanson portant exactement le même titre, mais c’était une version aux paroles différentes, beaucoup plus sages. Nous parlons bien ici de son Pussy Cat Blues de 1936 ! Pour aller plus loin, le label Document propose l’ensemble de ses enregistrements couvrant la période 1928-1938 dans les cinq volumes de sa série « Complete Recorded Works in Chronological Order » (1991).

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© : Stefan Wirz

 

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© : Discogs

Pour le gospel du dimanche, depuis la création de cette émission et de ce site Internet, je n’ai pas encore eu l’occasion de programmer un chœur, ou une chorale, a choircomme disent les Anglo-Saxons. Ces ensembles, qui mettent souvent en scène des dizaines de protagonistes, sont pourtant impressionnants de ferveur communicative, tout en étant extrêmement exigeants en termes d’arrangements et de gestion des harmonies vocales. Ils ne manquent évidemment pas dans le gospel, il faut en outre y ajouter les congrégations qui se basent sur un principe similaire, et pour cette « première », j’ai choisi une chorale parmi plus célèbres de ces 30 dernières années, la Mississippi Mass Choir. La chorale s’est constituée en 1988 à Jackson, capitale du Mississippi, de façon assez singulière et même un peu improvisée : à l’initiative de Frank Williams, membre des Jackson Southernaires, plus d’une centaine de chanteurs venus de tout l’État se retrouvèrent pour une audition, et l’ensemble s’est finalement formé de cette façon !

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Mama Burks, chanteuse lead. © : Houston Style Magazine

Pratiquement dans la foulée, la chorale a enregistré son premier album en octobre de la même année chez Malaco, un live simplement intitulé « The Mississippi Mass Choir Live ». Et le succès fut immédiat car début 1989 l’album atteignit la première place des charts gospel de Billboard, et au total, il restera 45 semaines consécutives dans ce classement ! Et la chorale ne va pas en rester là, avec un deuxième album, « God Gets the Glory » (Malaco, 1991), puis un troisième, « It Remains to Be Seen… », qui parvinrent aussi à la première place des charts, le dernier cité trustant même cette première place pendant… douze mois ! Malgré la mort de Williams peu après, c’est une très belle histoire, et la Mississippi Mass Choir continuera d’enregistrer des albums de grande qualité, pour en compter une dizaine à ce jour. J’ai choisi pour mon émission un extrait de son album de 1991 « God Gets the Glory », qui s’appelle It’s Good to Know Jesus.

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© : Discogs

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