Les temps du gospel copie

Au programme de mon émission sur YouTube, Boogie Bill Webb (rubrique « Un blues, un jour »), et Theotis Taylor (rubrique « Les temps du gospel »).

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© : Lynn Abbott / Folklife in Louisiana

Boogie Bill Webb, né le 24 mars 1924 à Jackson dans le Mississippi, aurait donc eu 95 ans aujourd’hui. Ce chanteur et guitariste a très peu enregistré mais son parcours est à la fois intéressant et atypique. Son histoire commence pourtant sans originalité. En effet, il se fabrique d’abord une guitare à l’âge de 8 ans avec une boîte de cigares, et sa principale influence est le bluesman du Delta Tommy Johnson, qui fréquente les soirées organisées par sa mère. Ensuite, désormais nanti d’une « vraie » guitare, il se perfectionne dans la seconde moitié des années 1940, partageant son temps entre Jackson et La Nouvelle-Orléans. Une ville dans laquelle Webb finit par se fixer en 1952, où il va fréquenter la scène R&B aux côtés de Fats Domino et de Dave Bartholomew, ce qui lui permet d’enregistrer dès 1953 pour le label Imperial.

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© : Pinterest

Mais Webb n’obtient aucun succès et décide cette fois d’aller à Chicago ! Là-bas, il joue avec des gens comme Muddy Waters, John Lee Hooker, Jimmy Reed et Chuck Berry, mais ça ne marche pas mieux. Toutefois, cette expérience dans la Windy City, qui va quand même se prolonger durant cinq ans, n’est pas totalement négative. Car il apprend beaucoup, change dès lors de registre pour s’exprimer dans un style bien plus roots et rustique. Puis il retrouve La Nouvelle-Orléans en 1959 et s’éloigne de la musique, exerçant divers boulots dont essentiellement celui de docker, et ne jouant plus que très ponctuellement.

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© : Discogs

Mais le musicologue David Evans le retrouve dans la deuxième moitié des années 1960 et il peut à nouveau enregistrer dans une veine country blues électrifié, y compris dans les années 1970 même s’il n’apparaît que sur des compilations. Il parvient toutefois à se faire remarquer, ce qui lui vaut de participer également à des tournées, y compris en Europe, où l’on découvre un bluesman très intense et complètement impliqué dans sa musique. En 1985, il est présent sur un album qu’il partage avec Snooks Eaglin, mais les faces sous son nom sont moyennement enregistrées. Il parvient toutefois à sortir un seul et unique album en 1989 pour Flying Fish, « Drinkin’ and Stinkin’ », puis décède l’année suivante à 66 ans. J’ai programmé dans mon émission un morceau enregistré par David Evans en 1969, intitulé Seven Sisters Blues.

 

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© : Discogs

Pour la page gospel du dimanche, je vous invite à une véritable découverte car l’artiste dont il est question aujourd’hui vient un peu de nulle part. Il s’agit du chanteur et pianiste Theotis Taylor, né en 1928 à Fitzgerald en Géorgie. Si j’en parle aujourd’hui, c’est d’abord parce qu’il a sorti l’été dernier un excellent album pour Big Legal Mess, « Something Within Me ». Mais si cet album date réellement de 2018, les morceaux ont en fait été enregistrés pratiquement 40 ans auparavant, en 1979, mais ils étaient restés inédits ! Big Legal Mess les a en fait réédités, tout en retravaillant le mixage et les arrangements, en ajoutant notamment des chœurs et une section rythmique. Mais pas de crainte, c’est très bien fait, ce n’est pas envahissant et c’est même une très belle réussite.

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À la guitare ! © : Music Maker

Cette parution permet donc aussi de faire un peu mieux connaissance avec Taylor, qui a longtemps travaillé dans la récolte de résine de pin qui sert à faire de la térébenthine, ce qui était courant dans sa région. Il a commencé à chanter professionnellement juste après la Seconde Guerre mondiale, en 1946, mais sans rien enregistrer avant deux singles dans les années 1970, et donc les faces de 1979 qui viennent d’être rééditées. Il fut ensuite assez populaire jusque dans les années 1990, se produisant dans des salles prestigieuses comme l’Apollo Theater et le Carnegie Hall. Aujourd’hui nonagénaire, il chante encore occasionnellement à l’église. D’un point de vue artistique, c’est un pianiste sensible et un superbe chanteur à la voix un peu haut perchée qui dégage beaucoup d’émotion. Je trouve que c’est une belle histoire qui méritait d’être contée, et pour mon émission, j’ai pris le morceau qui donne son nom à l’album, Something Within Me.

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En 2017. © : Tim Duffy / Music Maker