Charlie, la suite, dernier extrait avant parution !

Les Como Mamas, trois chanteuses de gospel venues du Mississippi, lors de l’édition 2018 du festival Terre de blues à Marie-Galante. © : Daniel Léon.

Cette fois nous y sommes presque ! La suite de mon roman, « Un cadeau au goût amer pour Julius – Le blues en héritage », est désormais achevée, et la parution interviendra avant la fin de ce mois de février 2021. Je vous propose un huitième et dernier extrait, issu du chapitre 29. Appelé sous les drapeaux, incorporé à Saint-Thomas dans les îles Vierges américaines, Julius est désormais à Marie-Galante, île de l’archipel guadeloupéen (où j’ai par ailleurs établi mes quartiers)… Ce texte s’accompagne de quelques images qui ne seront pas nécessairement reproduites dans le livre.

(…) Les boîtes et les pots des étagères, auxquels Julius et Rick n’avaient pas touché, contenaient des épices et des sauces, mais aussi des oignons séchés, du café, du riz ou encore des pois. Victor fit revenir les morceaux de poisson dans une grande poêle à bords hauts directement posée sur un feu de bois, puis il les couvrit d’eau tout en assaisonnant généreusement. Il mit un couvercle sur sa préparation et se retourna. Les flammes retombaient déjà et les braises suffiraient pour la suite de la cuisson.
– On mettra le riz dans un petit moment. Allez, maintenant, montrez-moi ce que vous avez fait de ma maison…

Le poisson au court-bouillon, une recette traditionnelle très présente dans la cuisine guadeloupéenne. © : Daniel Léon.


Mais il n’y avait pas grand-chose à voir. Julius et Rick faisaient le ménage très régulièrement et tout était parfaitement en ordre. Rick s’empressa de préciser qu’il dormirait sur le canapé dans le salon où se trouvait depuis leur arrivée le lit utilisé par Julius. Victor, seulement intrigué par les deux guitares posées sur des chaises, se contenta d’un sourire énigmatique et sortit. Julius et Rick n’eurent d’autre choix que de le suivre. Tournant le dos à la mer, Victor désigna à droite de sa case un petit espace sous deux arbres un peu rabougris.
– Là, je pourrais mettre sans problème mes deux cochons.
Puis il se tourna cette fois côté mer, désignant simplement le terrain irrégulier devant lui, presque à ses pieds.
– Et là, on peut planter des légumes-racines comme des ignames et des patates douces, peut-être des oignons pays et quelques piments même si le sol est un peu sec…
Puis il se tourna encore, tendant cette fois le bras vers la piste qui descendait en pente douce vers la maison des Bourgeois.
– Et par là-bas, un peu partout, jusqu’à la mare et même après, y a largement assez de place pour mes bœufs…

Le chanteur de blues Big Daddy Wilson se prépare pour son concert du soir, le 8 juin 2019 au festival Terre de blues à Marie-Galante. © : Daniel Léon.


Effectivement, même s’il faudrait défricher un peu, les champs de part et d’autre de la piste ne manquaient pas, offrant autant d’opportunités pour faire paître des bêtes. Julius écoutait, captivé. Victor semblait avoir la tête sur les épaules. Il possédait une maison en excellent état, il connaissait son environnement et savait visiblement comment l’exploiter, il était autonome, cuisinait, aimait sa terre… Qu’attendait-il pour revenir ici et vivre heureux ? Victor interrompit ses pensées.
– Retournons voir ce poisson, c’est l’heure pour le riz…
Ils repartirent comme un seul homme. De retour dans sa cuisine, Victor ôta le couvercle, goûta sa sauce, gratta ses braises pour baisser le feu, ajouta un peu d’eau et versa directement le riz. Julius se dit que l’odeur allait assurément attirer toute âme qui vive dans un rayon d’un kilomètre, et peut-être même d’autres pourtant disparues depuis longtemps… Victor ne remit pas le couvercle et déposa délicatement au centre de la préparation un piment entier. Devant l’air interrogateur de Julius et Rick, il rit de bon cœur.
– C’est pour donner un peu plus de goût. Mais avec ce piment, faut faire gaffe, c’est le feu du diable. Faut surtout pas qu’il s’ouvre dans le plat sinon tu bousilles tout…

Une petite route entre deux « murs » de canne à sucre, paysage courant sur l’île de Marie-Galante. © : Daniel Léon.


Satisfait, il traversa jusqu’au salon. Une fois de plus, Julius et Rick suivirent ce petit bonhomme, protagonistes d’un nouvel acte d’une pièce qui commençait à tourner au vaudeville. Victor avait laissé son sac sur la table. Il prit trois verres et autant de cuillers, un pot de sucre, un couteau, sortit du sac deux citrons qu’il coupa en quartiers, enfin une bouteille de rhum. Julius et Rick, qui connaissaient maintenant le rituel, se préparèrent religieusement un ti-punch, en pressant un quartier de citron sur le sucre au fond du verre avant d’ajouter le rhum et de touiller le tout. Quand ils eurent fini, Victor empoigna la bouteille de rhum, remplit son verre de rhum pur, l’avala cul sec et fit claquer sa langue. Puis il se confectionna à son tour un ti-punch dans les règles de l’art.
Ils se régalèrent. Le poisson était délicieux, le riz cuit à la perfection, la sauce goûteuse et bien liée, et le piment ne s’ouvrit pas… Après le dîner, ils réaménagèrent rapidement la case et la chambre que réintégrerait Victor. Ce dernier ne cessait de lorgner sur les guitares désormais posées sur le canapé. Les deux musiciens ne se firent pas prier. Ils jouaient depuis dix minutes quand Victor entama la deuxième bouteille de rhum. Il avait bien ingurgité les deux tiers de la première, Julius et Rick alternant pour leur part avec de l’eau. Une heure plus tard, le niveau de rhum dans la deuxième bouteille avait baissé de moitié. Le pied droit de Victor frappait mécaniquement le sol comme une machinerie réglée sur un tempo unique. Les deux Américains, qui n’avaient plus touché au rhum, s’aperçurent que la tête de Victor se rapprochait sérieusement de ses chaussures. Julius s’approcha et lui prit le bras. Docilement, il se laissa traîner avec un large sourire jusqu’à sa chambre. Julius ferma doucement la porte. Avec Rick, ils s’autorisèrent un verre de rhum mais ne rejouèrent pas, même s’il en aurait sans doute fallu bien davantage pour réveiller Victor… (…)

Texte © : Daniel Léon. Toute reproduction interdite, même partielle.

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