Article « Les temps du blues » – 8 fev 2019

En tournée copie

Au programme de mon émission sur YouTube, Daryl Davis (rubrique « Un blues, un jour »), et Kirk Joseph (rubrique « En tournée »).

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© : IMDb

Il y a 104 ans aujourd’hui, le 8 février 1915 vit la sortie sur les écrans du film de D. W. Griffith The Birth of a Nation. Cela survenait donc tout juste 50 ans après trois événements de 1865 : la fin de la guerre de Sécession, l’abolition de l’esclavage et la fondation du Ku Klux Klan… Ce film fleuve de trois heures réalisé avec d’énormes moyens était censé décrire la période qui suivit la guerre de Sécession, que l’on appelle la Reconstruction. Il s’agit en réalité d’une œuvre infâme, ouvertement raciste et vue sous le seul angle des sudistes, dans laquelle des acteurs blancs grimés tiennent le rôle de Noirs, et qui fait surtout l’apologie du Ku Klux Klan. Sur ce point, il suffit de voir l’affiche officielle sur laquelle un homme à cheval porte la tenue de l’organisation suprémaciste, rien ne manque et surtout pas la cagoule, histoire sans doute de lever toute ambiguïté… Pourtant, à l’époque, le KKK n’existait plus, même si d’anciens membres continuaient leurs exactions au sein d’autres organisations racistes. Or, le film de Griffith aura pour effet de favoriser la reconstitution en 1915 du KKK, qui renaîtra donc hélas de ses cendres neuf mois plus tard. Il atteindra même son apogée un peu plus tard, au milieu des années 1920.

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© : Hulton Archives / Getty Images / Los Angeles Times

Pour illustrer cela en musique, j’ai choisi Daryl Davis, dont le parcours est parfaitement en phase avec le thème. Car Davis n’est pas seulement un chanteur et pianiste de blues et de R&B (et qui a notamment joué avec Chuck Berry et B. B. King), mais aussi quelqu’un de très engagé dans l’activisme contre le Ku Klux Klan. Et pour se faire entendre, il s’y prend d’une façon bien à lui, aussi singulière que courageuse : bien que Noir, sur la base de la formule « Pourquoi me haïr sans rien savoir de moi ? », il va carrément à la rencontre des responsables des sections du Klan pour les persuader de renoncer à leurs convictions. Et ça ne marche pas si mal, car depuis le début de son combat il y a environ 30 ans, il est parvenu à convaincre 200 membres du KKK à quitter l’organisation ! On dit même qu’il entretient de très bonnes relations avec certains d’entre eux… En outre, musicalement, Daryl Davis est loin d’être un faire-valoir au piano. Pour preuve le titre que j’ai choisi pour mon émission, enregistré en 2014 à la Franklin University à Columbus dans l’Ohio, un bon vieux boogie-woogie particulièrement échevelé…

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© : Free Press Journal

 

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© : © : Soul Bag

La rubrique « En tournée » de cette semaine nous conduit tout droit à La Nouvelle-Orléans pour évoquer une de ces traditions musicales qui caractérisent si bien la ville louisianaise. L’artiste dont il est question aujourd’hui est Kirk Joseph, qui tourne en ce moment chez nous avec son French Backyard Groove. Joseph est un joueur de sousaphone, cet instrument assez proche du tuba que nous avions découvert le 1erdécembre 2018 avec une émission et un article consacrés au groupe Delgres. Joseph est donc un représentant de ce que nous appelons les brass bands, ces formations largement basées sur des cuivres (trompette, trombone, saxophone, tuba, sousaphone…), auxquels on ajouta d’abord des percussions et au fil des époques d’autres instruments plus « classiques » comme des sections rythmiques, de la guitare, des claviers…

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© : ENM

Parfois comparées aux fanfares, elles s’en distinguent car elles puisent aussi leurs origines dans le jazz Dixieland tout en intégrant des ingrédients du R&B, du funk, et plus récemment du hip-hop, voire parfois du rock. Mais ne cherchons pas trop à les définir précisément, les brass bands sont avant tout des groupes pleins de swing et de rythmes variés surtout là pour distraire, communier, danser et faire la fête. Kirk Joseph, qui aura 57 ans le 16 février, est un représentant essentiel de la tradition des brass bands car il fut en 1977 l’un des membres fondateurs de l’un des plus célèbres d’entre eux, le Dirty Dozen Brass Band. Je mentionne donc ici les trois dates restantes de sa tournée en cours : il sera ce soir 8 février au Trinque Fougasse à Montpellier, demain le 9 à la MJC à Manosque et enfin le 13 au Sunset à Paris. Pour vous donner une idée, j’ai pris pour mon émission l’extrait d’un concert à Baltimore en 2010 (morceau sans titre)…

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© : Zygos

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