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Mémoires de blues : le call-and-response

Mémoires de blues : le call-and-response
Cueillette du coton. © : inmusica.

J’ai déjà évoqué ici ce call-and-response – appel-réponse – dans le cadre d’articles sur les origines du blues, le 2 octobre 2021, le 25 mai 2021, le 8 juin 2019 et le 4 juin 2019. Mais d’où vient-il ? D’aucuns y voient des origines datant du Moyen Âge, dans l’antiphonie des chants liturgiques, ou plus précisément les antiennes. Il s’agit toutefois là d’une alternance entre deux chœurs. D’autres assurent qu’il provient de l’hétérophonie – polyphonie ? – propre aux chorales des églises britanniques, dont on trouve une première trace écrite en 1644. Et là, on se rapproche, car nous avons affaire à un precentor (chef de chœur) qui chante a cappella une phrase ou un refrain repris par les autres. Car Willie Ruff, jazzman, professeur de musique à l’université de Yale et fondateur de la Duke Ellington Fellowship et du W. C. Handy Festival – il a d’ailleurs connu Handy –, écrit : « Les chants en gaélique des psaumes par les presbytériens des Hébrides en Écosse évoluèrent à partir du lining out – quand une personne chante en solo avant que les autres suivent – vers le call-and-response et ce que nous connaissons aujourd’hui comme le gospel noir-américain du Sud des États-Unis. »

Le single de Muddy Waters Manish (sic) boy, exemple de call-and-response. © : 45Cat.

Ceci n’a rien d’aberrant quand on sait que les Britanniques firent partie des premiers colons sédentaires des États-Unis dès le premier quart du XVIIe siècle, et qu’ils influencèrent différents courants culturels dont les musiques que l’on n’appelait pas encore populaires. Le precenting (dérivé de precentor, « celui qui précède »), même si le terme est aujourd’hui peu courant, serait même la première expression de chant en congrégation adoptée par les esclaves africains arrivés en Amérique. Mais ces esclaves « importèrent » également leurs propres traditions, et le call-and-response fut souvent leur seul moyen de transmission de leur art. Oppressés par la cruauté des maîtres blancs, ils en tirèrent même un code particulier, un véritable langage qui leur était propre.

© : Amazon.

Les work songs en seront la première émanation plus tard au XVIIe siècle, puis viendront les field hollers avant l’abolition de l’esclavage en 1865, enfin les chain gangs, les prison songs, des termes qui torturent comme autant de lames de couteau dans les chairs des victimes de l’esclavage. Le call-and-response s’est frayé un chemin au gré de ces siècles troublés, s’inscrivant en mantra pénétrant du blues dont il reste une des solides fondations. Et, outre les États-Unis, on le retrouve, y compris aujourd’hui, dans de nombreuses traditions musicales d’Amérique du Sud et de l’ensemble de la Caraïbe. Pour preuve, ce soir pas de blues (quoique…) mais une pure merveille du groupe guadeloupéen Kan’nida, Nous Ka Travay, parfaite illustration du call-and-response.

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